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Du malaise posthume

sept10
2011
3 Commentaires Par Éric Samson

Les oeuvres posthumes sont toujours un peu malaisantes.

Comme ça.

Que ce soit des greatest hits de bands qui sont dissous (ou dont un des membres est mort) ou des manuscrits incomplets d’auteurs qui ont passé la plume à gauche, il y a toujours l’ombre du mercantilisme, cette odeur suspecte du label/gérant/agent/éditeur qui veut faire une tite piastre sur un artiste qui l’a laissé trop tôt, alors qu’il lui restait encore quatre ou cinq blockbusters au contrat.

Quand on sait par exemple tout le travail d’édition qu’il peut y avoir derrière un roman de David Foster Wallace, lorsqu’on publie Pale King en tant qu’oeuvre inachevée… c’est difficile.

Car d’un côté, les fans en demandent toujours plus, et s’ils apprennent qu’une infime parcelle d’oeuvre de leur auteur favori reste dans les voûtes d’un éditeur, ils vont descendre sur celui-ci avec des torches et des fourches en exigeant une publication rapide et complète. De l’autre, il y a évidemment la figure de l’éditeur véreux qui veut presser le citron jusqu’à ce qu’il ne reste plus que quelques pépins. Ah, et si on faisait de l’huile avec?

Rendre hommage à un défunt peut aussi être difficile: nombreux sont ceux qui ont accueilli l’Oscar posthume rendu à Heath Ledger pour son (génial) Joker dans Dark Knight comme un exemple de prix-pitié, que Ledger n’aurait jamais gagné de son vivant pour un tel rôle. Connaissant les goûts de l’Académie pour les films de super-héros, l’objection est certes valide.

C’est un peu pour ça que j’accueillais avec méfiance le lancement d’un site web sur Nelly Arcan, près de deux ans après son suicide.

J’avais peur qu’on ne fasse que presser le citron. Ou qu’on rende un hommage guimauveux à une auteure que l’on aurait eu trop tendance à considérer comme une vulgaire putain folle de son vivant.

Mais avec des textes inédits comme La Honte (à lire, très fort) offerts gratuitement en pdf, avec des résumés fort étoffés de ses romans (longues citations à l’appui), avec des analyses qui frôlent l’exégèse, on voit bien qu’il s’agit ici d’un véritable site qui rend un hommage à la fois senti et réfléchi à Nelly Arcan (et où on ne voit même pas poindre l’ombre d’un bouton Paypal).

Pas de mercantilisme, pas même nulle part la vague odeur d’un citron.

Un site comme on rêverait qu’il en aie pour tous les auteurs, vivants ou non.

 

Un autre billet de qualité signé Éric Samson.
Classé dans littérature - Libellé David Foster Wallace, gratis, internet, lien, littérature, Livres, troublant

Synesthésie, et je ne parle pas de Malajube

sept09
2011
2 Commentaires Par Éric Samson

Le blogue n’est pas très beau, ça saute aux yeux.

Mais en ces jours où la bouffe règne, où le manger est roi et maître de tout ce qui s’écrit et, surtout, de tout ce qui se vend, où tout le monde et son cousin se part un blogue de recettes, de critiques de resto et de trucs qui ont rapport de près ou de loin à ce qu’on met dans sa yeule, y’a Mistral et son pote qui ont parti un blogue où notre besoin primaire favori, lui qui est tout en bas de la pyramide de Maslow, est traité avec un peu plus de flair littéraire.

Le concept est simple: des auteurs, connus (Dickner, Vigneault, Catellier) ou moins, offrent une recette qui décape.

Là où ça devient intéressant, c’est que le style se doit de prévaloir sur le snack. On demande donc un minimum de recherche dans l’écriture, un sens du punch, une poésie de la recette qui transcende le livret Ikea ajoutez-le-beurre-malaxez-douze-minutes et qui fait que même si on a le cuistot intérieur à peu près au niveau d’un chimpanzé épileptique (ou qu’on n’a aucune envie de faire soi-même sa pâte à pizza), les textes se lisent avec bonheur.

Ça s’appelle Synesthésie, et bon, ça existe depuis 2007, mais je ne l’avais pas vu avant et j’te gage que toi non plus.

Un autre billet de qualité signé Éric Samson.
Classé dans littérature, snack - Libellé bonnes choses dans yeule, internet, littérature, miam du bacon, volaille

Party, party, party: Francos, jour 8 (1ere partie)

juin17
2011
2 Commentaires Par Éric Samson

Arrivé à 17h et quelques, trop tard pour pogner Chinatown mais assez tôt pour attraper Ariel, dont le son Caféinesque (ciboire que je travaille fort pour ne pas dire pop-rock) laissait présager une bonne soirée.

20h, les Canailles embarquent sur la scène avec un gros M jaune avec des bulles en arrière, et le party commence. C’était peut-être le fait que j’me suis retrouvé avec comme 12 amis éparpillés un peu partout au show, peut-être aussi l’odeur de saucisse grillée (tout-boeuf ou épicée, nul ne le sait) portée par le vent, mais j’ai eu tout de suite la tête à la fête.

Yii-ha.

Yii-ha.

Canailles se sont faits, aux Francouvertes, une réputation de band de party et je dois dire que là où Caloon Saloon ont échoué, Canailles ont réussi. La foule a levé, y’ont même eu une gang qui se sont mis à danser en avant de la scène.

Faut savoir que le pub M est généralement TRÈS assis.

Des tounes sur le maskin’ tape, des tounes sur manger du bois, des tounes sur les dépanneurs qui sont jamais ouverts, tous les prétextes sont bons pour se faire aller l’bahut et faire des HAA HAA HAAAA sur du banjo.

Sérieusement, si c’était pas que je m’en allais voir Radio Radio et Hocus Pocus (pour lesquels je suis en retard d’ailleurs), je reviendrais les voir à 23h.

La suite demain. Genre.

(Ah, by the way, j’en reviens comme pas de la quantité de gens qui sont là pour Adamus. Y’a 2 ans il faisait des shows au Quai des brumes pis c’était pas sold out. Là, y’a genre 10 000 personnes. Voyons don.)

Un autre billet de qualité signé Éric Samson.
Classé dans La Swompe - Libellé francos

« Des boules pis un solo de drum »: Francos, jour 7

juin17
2011
Laisser un commentaire Par Éric Samson

Je passe rapidement sur l’émission d’hier, parce que vous pouvez l’écouter comme vous le voulez.

Sachez qu’Hocus Pocus sont surprenants en formule acoustique (et vraiment sympathiques), que Cécile Hercule est fort séduisante, que Chantal Archambault est vraiment gentille et tolérante (comme quand on a un pépin technique de 30 minutes qui nous empêche de diffuser en remote), et que La Femme, well, hein. Des kids de 18 ans qui ont un band depuis à peine un an et demi, difficile de leur en vouloir si il faut trimer un peu plus quand on fait une entrevue que quand c’est Akhénaton. Mettons.

Mais en live, La Femme, ça le fait. J’espère qu’on les reverra dans un show peut-être mieux rodé, sur une scène peut-être plus appropriée, aussi. Mais leur surf-rock (ou est-ce du post-punk?) reste fort efficace.

Hier, Jean Barbe publiait une chronique où il fait l’élogue du féminisme dit de deuxième vague, celui après les suffragettes, celui de Simone et de l’égalité des sexes, celui qui, selon une certaine lecture de la société contemporaine, part en couille, ces temps-ci.

Et pourtant jamais on n’a vendu autant de fards à paupières et de régimes amaigrissants. On offre des seins refaits aux jeunes filles pour leur 16 ans.

Les pubs sont encore pleines de pitounes alanguies. Et trouver chaussure à son pied (au propre comme au figuré) est encore la priorité de la majorité des femmes en Occident.

Ça fait que moi, hier soir, j’suis allé voir un film de porn.

C’était Érotique PQ, à l’Astral. Ce groupe de talentueux gens de Québec (vous ne lirez pas souvent ces 4 mots ensemble sur ce blogue, profitez-en) prend des trames sonores de films softcore québécois des années ’70 et les repique, pour les jouer en direct et full-band devant un public au départ un peu confus mais qui se laisse très rapidement gagner par cette merveilleuse énergie.

Il y a quelque chose d’un guilty pleasure, comme l’odeur du popcorn qu’on se fait cuire à 3h du matin pour écouter « juste un autre épisode » de Lost, ou comme le petit sourire que’on se fait en arrivant à un show d’un groupe inconnu au Il Motore en écoutant Lady Gaga dans son iPhone, ou comme arriver dans un bar avec un newfie, un noir et une religieuse.

Le funk porncore, c’est trop souvent une joke en soi. Bow-wow-chika-bow, tsé. C’est pas super noble. Probablement parce que trop souvent c’est over-the-top, fromagé, que ça pue le sous-sol en préfini à Lachenaie en 1973. Mais quand plus d’une demi-douzaine de musiciens qui savent ce qu’ils font décident d’en faire un show, bâtard que ça sonne. Impossible de ne pas se laisser contaminer. Tout le monde hoche la tête, sourit, et pas juste parce qu’il y a des totons sur l’écran en arrière.

Parce que oui, Érotique PQ se produit avec projections: des extraits des films dont sont issues les fameuses pièces accompagnent le show et lui donne le petit boost de cachet camp qui manquait.

Le temps est bon

Le temps est bon

Mais pourquoi je vous ai parlé de Jean Barbe tantôt? Ben, parce les films dont on projette les extraits mettent peut-être en scène plus de moustaches que ce qu’on voudrait normalement voir, mais que les femmes y sont vraies. Avec des vrais seins (pas toujours égaux), avec des vrais bronzages, avec des vrais cheveux, des vraies lèvres et des vrais sourires. Et ça, ça fait du bien au moral aussi.

Au-delà d’être un gimmick, au-delà d’être un hommage aux pionniers du cinéma « porno » québécois, au-delà même de la nostalgie de « l’authenticité » d’antan, au-delà de Le temps est bon, le ciel est bleu, au-delà du groupe qui vend des strings plutôt que des t-shirts, de tout ça, il y a des musiciens qui savent exactement ce qu’ils font et qui le font fort bien.

J’ai dû partir avant la fin, question de dernier métro et de fatigue accumulée, mais il n’y a aucun doute que si j’étais à Québec, j’engagerais Érotique PQ comme house band à tous mes partys.

Un show, si vous me pardonnez l’expression, jouissif.

(Et, oui, y’a eu quelques solos de drum.)

 

Un autre billet de qualité signé Éric Samson.
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Ferland, juste Ferland: Francos, Jour 6

juin15
2011
Laisser un commentaire Par Éric Samson

Salle Wilfrid-Pelletier.

Parterre.

Un grand rideau rouge, un micro, un spot.

Le micro est un peu bas.

Les lumières s’éteignent, le rideau bouge.

Ferland sort, le micro lui arrive au nombril.

Des techs apparaissent, un avec une chaise, l’autre avec une guitare.

Ce n’était pas pour pêcher la truite
Marie-Claire Marie Lo
Ce n’était pas pour pêcher la truite qu’elle s’étendit sur mon radeau

C’est pas sur Jaune, ça.

Non, ça c’est l’intro.

Le rideau se lève. Choristes, cordes, cuivres, piano. Et ça part.

Depuis 1971, y’a des tounes qui ont pas super bien vieilli. D’autres sont encore et toujours merveilleuses. Quand on aime ses chansons, Ferland a toujours vingt ans.

Quelques petits ratés, quand même.

Mais quand le Chat du café des artistes a commencé, j’ai oublié tous les petits pépins. J’ai même oublié la chorale d’enfants en arrière, oublié que ça en prenait une, c’est dans le quota des Francofolies, au moins une chorale d’enfants par année.

Deuxième partie plus guimauveuse, par nécessité, les greatest hits de Ferland sont pas ses plus edgy. Mais T’es belle, christ, c’est quand même une super toune d’amour, y’en a pas mille des plus honnêtes que ça.

Un rappel: réciter un poème. Ensuite, inviter Éric Lapointe sur scène pour Qu’est-ce que ça peut ben faire, ce qui est tout de même une grave insulte à cette chanson. Prendre la rébellion forte mais intérieure de Ferland et l’habiller de cuir et d’huile à moteur comme Lapointe l’a fait devrait être inadmissible, mais bon, Jean-Pierre aime ça, pis il a le droit.

Évidemment, ça finit avec C’est beau, c’est beau. La chorale d’enfants est revenue, la boucle est bouclée, Rock Détente est content, ils vont pouvoir diffuser des versions live exclusives autant qu’ils le veulent.

Moi, c’est le Ferland du Chat que j’aime. Celui qui dit que quand on ne rit plus, c’est qu’on ne vit plus.

Et qui sacre son camp de la scène en bulldozer, à la fin de la toune.

 

Un autre billet de qualité signé Éric Samson.
Classé dans La Swompe - Libellé francos

Ensoleillé Duval: Francos jour 5

juin14
2011
1 Commentaire Par Éric Samson

Comme je vous l’ai dit hier, c’était l’anniversaire de Maman Samson aujourd’hui. Vous me connaissez, je suis un bon fils, alors plutôt que de venir downtown me lancer dans Annie Blanchard (finaliste à Star Académie 2005, n’est-ce pas) ou dépenser $123 pour voir People Project sur un bateau, j’me suis gâté au Scores de Dorval.

Tsé. Évangéline, ou un bar à salade. Le choix est assez facile.

Mais je suis quand même revenu à temps pour Sunny Duval, qui était en tip top forme ce soir pour son passage aux Francos. Faut croire que ses douze shows à Tadoussac (j’exagère à peine, je pense qu’il a passé plus de temps sur stage que ses amplis, c’pour dire) ne l’ont pas trop épuisé.

Dès la deuxième toune, les hanches se trémoussaient et les pieds tapochaient le sol devant la scène Loto-Québec (qui, contrairement au Pub Urbain Molson M, n’a pas un gigantesque Loto-Bingo ou Yves Corbeil en background). L’orchestre des Cuisses Noires était composé de membres de Caloon Saloon qui ont même joué une de leurs tounes, Laisse-moi donc rentrer, qui a levé pas mal plus qu’hier…  peut-être juste que c’est l’endroit, alors, qui n’était pas approprié. Je leur donnerai une autre chance.

Un cover de Marcel Martel qui m’a rendu profondément heureux, le plus grand blues (Tu m’appelles même pus quand t’es chaude, tsé, on connaît le feeling, pis c’est jamais, jamais, jamais glorieux) qui a d’ailleurs été attribué par un des twitteurs des Francos à Gerry Boulet dont c’était l’hommage quelques mètres plus loin, voyez plutôt:

#GerryToujoursVivant #OhqueOui RT @ericsamson: "Tu m'appelles même pus quand t'es chaude". Quelle toune, quel blues. #francos
14 June, 2011 8:43 pm via TweetDeckReplyRetweetFavorite
@FrancoFoliesMtl
FrancoFolies de Mtl

Mais bon, hein, tout le monde fait des erreurs. Je veux juste jamais voir Jonas ou Éric Lapointe faire un cover de cette toune-là, sinon ça va aller mal.

Voilà. Maintenant que j’ai écrit tout ça, je vais aller faire un tour au Cheval.

Pas parce que j’aime pas Orange Orange, dont c’est le DJ set au Shag ce soir, mais parce qu’ils ont annoncé qu’ils feraient jouer leurs nouvelles tounes, et qu’un DJ set n’est jamais, jamais un bon endroit pour faire jouer ses propres pièces.

 

Un autre billet de qualité signé Éric Samson.
Classé dans La Swompe - Libellé francos

Déception, surprise et émerveillement: Francos, jour 4

juin14
2011
Laisser un commentaire Par Éric Samson

Je ne sais pas pourquoi je pense toujours à Anne Laguë quand je pense à Caloon Saloon. Peut-être qu’elle m’en a parlé souvent, peut-être qu’elle en a parlé souvent sur son blogue, je ne pourrais pas dire exactement. Mais je sais que quand je pense Caloon, je pense Laguë.

Et j’ai en tête qu’elle me dit que c’est un gros band de party, Canailles-style, qui génère de l’euphorie et du bonheur et de la joie de vivre. Et donc, arrivé au Pub Molson M (avec un gros M contenant du liquide jaune pétillant en background, j’dois admettre que je trouve ça un peu intense, comme si la scène Vidéotron avait un gros terminal Illico en arrière), je n’ai pu faire autrement que d’être déçu. Pas que les tounes étaient mauvaises, ni que les membres du band manquaient d’énergie. En plus, y’avait du kazoo et de la planche à laver, deux des instruments les plus négligés ever, qui me rendent automatiquement heureux. Mais là, je sais pas, on dirait que ça tombait à plat. Ou pas nécessairement à plat, mais que ça ne levait pas comme je m’attendais, disons. Alors j’ai été un peu déçu, oui. Je voulais de la fête, et j’ai eu un show correct.

Anne, justement, m’avait invité à la rejoindre à la Taverne Jarry pour watcher la game. Je ne voulais pas manquer Caloon, vu que je ne les avais jamais vus (et que je devais me rattraper pour 2 jours de Francos manqués presque totalement), alors j’ai dit que j’irais maybe (Watson) la rejoindre après Caloon, mais avant Malajube.

Finalement, en bonne compagnie, je me suis laissé traîner jusqu’à Été 67, qui était mon plan A au départ, jusqu’à ce qu’Anne m’invite à la taverne. J’y suis allé un peu à reculons, un peu pour passer plus de temps avec mes potes, mais finalement, j’ai été rien de moins que séduit.

C’est un peu une esthétique chez moi que d’aller voir des shows sans connaître les bands. Je ne fais pas nécessairement exprès, ce n’est pas de la paresse, mais depuis que j’ai vu Pink Floyd sans rien y connaître en 1994, on dirait que j’assume que ça peut créer des belles choses.

Bref: ne sachant rien de rien sur ce à quoi je devais m’attendre, je me suis pris au jeu de ce groupe typiquement européen (il suffisait de voir le look du guitariste pour s’en convaincre) et j’ai passé une heure carrément sous leur emprise. C’est pas qu’ils avaient un charisme hors-norme, ça non. C’est pas non plus qu’ils sont terriblement bons musiciens, on a vu techniquement mieux. Mais, je ne sais pas, quelque chose passait, un courant, une idée, oui, une émotion, voilà.

Par exemple, quand ils ont commencé leur chanson Crime passionnel, qui détaille un meurtre comme vous pouvez l’imaginer, lectorat perspicace que j’aime, et qu’ils ont demandé à la foule de taper des mains, j’ai failli dire que ça avait pas beaucoup de classe (ce qui, objectivement, n’est pas trop dans le champ, admettez), mais je me suis retenu, parce que la toune m’a fait vibrer. Vraiment.

Bon, je garde certaines réserves envers un band qui utilise (sans vergogne!) une flûte traversière, je pensais que c’était illégal depuis environ 1986, mais hein, y’a pire. Comme Ale Dee, que j’ai vu en partant de Lila Dit Ça l’autre jour, et qui avait 4 danseuses avec des t-shirts bédaine avec des numéros écrits dessus (clairement au sharpie cheap, mais se voulant rappeler des numéros de jerseys sportifs) et un guitariste à la Kevin Rudolf, bienvenue au Beach Club. Une petite flûte traversière, bon, c’est pas glorieux, on peut dire qu’on préférerait qu’elle ne soit pas là, mais c’est toujours moins pire qu’un guitariste avec une casquette-tuque pis des poupounes en t-shirts homemade style Canadiens dans un show de rap.

Mais, à date, Été 67 reste le band qui m’aura le plus surpris des Francos. Sur album, je n’ai absolument aucune idée de ce que ça donne (Oliviande semble peu convaincu), mais ceux qui les verront en première partie de Catherine Ringer ce soir seront gâtés, garanti.

Parenthèse namedrop, j’étais en train de jaser avec un des programmateurs du festival quand une demoiselle est venue lui demander s’il avait dix piastres, parce que la fille en question avait juste un vieux 10 à moitié déchiré, et que « ça se fait pas, donner ça à Catherine Ringer pour son per diem ». J’ai donc, gentleman que je suis, sorti deux cinq de ma poche, et en échange pour un dix tout décrépit, permis à madame Mitsouko de profiter de sa soirée, j’imagine, en tous cas, Catherine Ringer a mon dix piastres. Voilà.

Après ça, c’était l’heure de se préparer pour Malajube, le show le moins secret du festival.

Vous le savez, je suis un sucker pour les shows de Malajube, je pense que je les ai tous vus depuis au moins les cinq dernières années. En tous cas, tous ceux qui avaient lieu à Montréal.

Le show du lancement de la Caverne était quelque chose. Le show secret de la fête de Dare To Care était moyen. C’est inégal, Malajube, en show. Ça dépend.

Hier soir, boys and girls, si vous étiez ailleurs qu’à l’Astral, vous avez manqué un hostie de bon concert de rock. Leur meilleur depuis longtemps. Les gars étaient en forme, la setlist était parfaite, la musique était tout simplement prête à entrer par les oreilles, assaillir le cerveau et faire de toi sa bitch.

Tu vois à travers moi

Tu vois à travers moi

Littéralement, un show parfait.

J’en reviens pas encore. Les jams ont duré juste assez longtemps, la folie s’est pas étiré à en devenir plate ou dérangeante, les hits n’ont pas pris le dessus sur l’oeuvre, la profonde, inhérente beauté de Malajube s’est déployée en tous sens pour faire de ce concert une expérience mémorable en tous points.

À la fin, j’exagère pas:

Je. Suis. Sans. Mot.
13 June, 2011 11:36 pm via Twitter for AndroidReplyRetweetFavorite
@ericsamson
Eric Samson

C’était de même.

On a fini par se ramasser au Shag, où c’était la soirée Dare To Care, avec Alex Ortiz de We Are Wolves (que j’ai manqué), Jimmy Hunt et Team Panache aux platines. Une soirée où la musique a résonné plus que d’habitude, peut-être parce que j’étais dans ce mood-là aussi, mais en tous cas.

Une ben belle veillée.

Aujourd’hui c’est la fête à Maman Samson, alors je risque d’arriver pas mal flush pour Sunny Duval, et ce sera mon seul show. On verra.

Un autre billet de qualité signé Éric Samson.
Classé dans La Swompe - Libellé francos

Post-Rigodon, poutine et un presque-finger: Francos jours 1 (suite et fin), 2 et pas 3

juin13
2011
1 Commentaire Par Éric Samson

Mea culpa, je n’ai pas été un très bon festivalier ce weekend. (Ni un très bon blogueur, comme vous voyez.)

Je résume, tout de même, parce que c’est ce que j’ai dit que j’allais faire. Et que je suis un homme de parole, moi.

Alaclair Ensemble, le « post-rigodon du Bas-Canada ». Une joyeuse bande qui ownent la scène, comme fou. Je pense que pour avoir plus de fun sur une scène gratuite dans un festival, ça prend une dérogation spéciale.

C’est vraiment ça que j’en retiens. Bon, il était un peu tard, j’ai rencontré trop de gens au show pour vraiment porter attention à tout ce qui se passait devant moi. Il me reste des flashes: commencer avec le Ô Canada version Alaclair, Maybe Watson qui fait Peau de Serpent (avec ce qui restera toujours une des lignes les plus romantiques de l’histoire du rap, « Y’a beaucoup de femmes dans ma vie mais y’a juste une place sur mon bike » non mais avouez, mesdemoiselles, que votre coeur fond comme une motte de beurre dans une poêle), entendre quelqu’un qui dit « on dirait une parodie de Loco Locass » et trouver ça un peu harsh, vraiment.

(Je pense que ça tient à la technique que j’appelle, même si elle a certainement un autre nom que je ne connais pas, « le rap Beastie BOYS« , soit finir sa phrase avec un mot que tout le monde dit enSEMBLE, et c’est comme ça que ça fait du PUNCH. J’ai déjà passé une semaine à parler comme ça avec Anne Laguë, c’est fort divertissant, vous essaierez pour voir. En tous cas, c’est plus drôle que de parler en Omnikrom c’est à dire en changeant d’intonation toutes les syllabes, faire ça dans la vraie vie, ça finit par gosser les gens, je vous en passe un papier.)

Aussi, c’était visiblement le 10 juin 2011, journée internationale des reprises. Après en avoir entendu quelques unes qui étaient, disons, moyennes (Orange Orange et J’ai vu de Niagara, et la susmentionnée Tandem par Marie-Mai et Lulu Hughes), ça a fait du bien de voir un cover qui en valait la peine. Et ton coeur d’enfant n’a pas le choix de sauter un peu quand un crou de 8 jeunes gensses ressortent leur sharp à l’os pour te faire la chanson-thème de Watatatow. Tsé, complètement débile.

Le mythe fondateur de l’appréciation du rap au Québec pour la génération 25-32.

Ou j’y connais rien. Possible également.

Bref, du ben gros plaisir joual-style et un album gratis que tu devrais avoir dans ton mp3 lecteur pour les jours où tu veux swagger avec la vie.

Direction le Montreal Pool Room pour refaire le plein de carbs avec possibilement la 2e meilleure poutine en ville, et c’est le Shag qui nous attend avec le DJ set de Seba. Du Claude François en masse, et la seule fois (je pense, ever, dans l’Histoire avec un h majuscule) où on danse sur du Britney Spears aux Francos. La foule commence à être un peu too much, c’est pas mal tassé. Je vais aux toilettes sans penser que l’autre bord de la porte c’est Loco Locass qui n’a pas encore fini, j’arrive à temps pour Libérez-nous des libéraux, aka la chanson à message qui a le moins fonctionné ever, et je prends quand même ce cliché où une silhouette de main a une force symbolique quelque chose qu’on croirait être un finger mais qui n’en est pas un, finalement.

Libérez-nous du doigt

Libérez-nous du doigt

Et se rendre compte que malgré ce que j’ai overheard plus tôt, c’est pas mal plus Loco Locass qui font une parodie d’Alaclair, ces temps-ci. Le petit speech anti-Charest au début de la toune, je sais pas combien de fois ils ont dû le dire, sérieux, mais il serait peut-être temps de passer à autre chose. Et quand je dis « autre chose », je ne veux certainement pas parler d’une toune contre le suicide avec des violons dark et un clip dans un gymnase avec des hoodies.

Anyways. Après ça je suis rentré, parce qu’il faisait chaud, humide et tassé dans le petit Shag.

Le lendemain, j’ai dû choker presque tout pour cause de party de fête d’une amie, mais j’ai quand même eu la présence d’esprit d’aller voir Lila Dit Ça, et j’ai trouvé ça ben ben swell. J’arrive toujours pas à saisir exactement ce qui fait que j’les aime ben, eux autres, parce qu’objectivement c’est pas tant spécial, faut se le dire. C’est du montreal-indie comme beaucoup d’autres en font, mais je sais pas, ils ont un petit quelque chose que j’apprécie, alors on se pose pas trop de questions et on se laisse embarquer. (Mention spéciale au chanteur pour son look Noel Gallagher circa 1998.)

Par contre, jour 3, j’ai rien vu de rien rien. Resté emmitoufflé dans les couvertes à regarder le Grand Prix qui a duré quatre heures (et qui a donné la meilleure course de la saison, Amir Khadir be damned). Pris l’excuse de la météo pour me déculpabiliser, mais la vérité vraie c’est qu’à part Géraldine, y’avait pas grand chose qui m’intéressait, alors j’ai décidé d’être économe de l’Opus et de ne pas bouger.

Ce soir, par contre, je me rattrape: Caloon Saloon, Été 67, et la « surprise » (j’ai envie de mettre des plus gros guillemets que ça, tout le monde le savait, franchement) de Malajube à l’Astral. Peut-être un tour au Shag après pour la soirée Dare To Care, j’ai bien hâte de voir ce que Carl-Éric Hudon va nous sortir de sa caisse de vinyles.

Je vous tweete ça live, aussi, hein. Si vous n’en pouvez plus d’attendre mes oh-so-pertinents comptes-rendus, c’est par ici pour le en-direct.

Une petite annonce en finissant: CISM est toujours en direct du site des Francos entre 16h et 19h, alors si vous voulez voir des gens faire de la bonne radio en direct, c’est le moment. En tous cas, la Swompe va être là jeudi, avec des entrevues et des prestations et nos gueules de gagnants.

 

Un autre billet de qualité signé Éric Samson.
Classé dans La Swompe - Libellé francos

Francos jour 1 partie 1

juin10
2011
Laisser un commentaire Par Éric Samson

Bon, c’est pas tout, la fine analyse, hein. Des fois, il se passe des affaires, faque on en parle.

Jour 1 des Francofolies aujourd’hui.

(Marjo et ses hommes, hier, ça compte pas.)

Premièrement, je dois féliciter la STM qui m’a permis de partir de Villeray et d’arriver au centre-ville en à peine une heure, après vingt minutes d’attente de la 55 et un métro (I gave up) qui arrête quatre minutes à chaque station. Great stuff, guys. À cause de vous, j’ai manqué Mixmania.

Salle de presse, vin blanc. Rencontrer Oliviande et Vincenot, le directeur de la programmation de CISM qui bronze en habitant en gérant la prog live de la station sur le site du festival.

Se rendre au show de Gabbo. Entendre des trucs fou, comme « Moi j’parle plus d’un Mowgli qui construit une ville avec son sperme mutant » et « tu pourrais vendre d’la glace au pôle Nord, moi j’pourrais vendre d’la glace à d’la glace« . Voir l’Étiquette derrière les platines et qui donne du PFK au monde dans la première rangée pendant Billy Mitchell qui mange un Double Down et qui laisse le baril spinner à 33-et-un-tiers tours par minute sur sa table tournante. Gabbo qui droppe Backstage, on espère voir Jean Bart arriver sur scène, mais non, Jesuis gère ça tout seul comme un chef.

Quelques tounes de son solo plus tard (dont une chanson de « rap chrétien québécois » que Gabbo introduit en notant que « personne a pardonné à Zaché comme Jésus, mais si Jésus peut le faire, tout le monde peut le faire! » ce qui est somme toute formidable), les notes de Brille Brille commencent. Ceux qui me connaissent savent que, avec Achète-moi, c’est ma chanson préférée d’Omnikrom. Et hop, ça défonce, évidemment…. et voilà que Jean Bart arrive sur scène. Folie. Même NSD se peuvent pus.

NSD sur Brille Brille

Maître J et Jeune Chilly Chill se laissent aller

 

Jean Bart reste pour quelques tounes, incluant un Prends une photo avec moi version Matos, et hop, on finit le show avec l’homonyme Je suis Gabbo et ses lignes grandioses comme « J’arrive sur scène debout sur un bison / Pis ce bison-là est debout sur un autre bison ».

Fou. Finalement, en live, ça a pas mal plus de bon sens qu’en mp3, pour vrai.

Retour dans la salle de presse au moment où Marie-Mai embarque sur scène. Je réussis quand même à l’entendre faire un duo avec Lulu Hughes en reprise de Tandem de Vanessa Paradis et je prie bébé Jésus pour que plus jamais quelque chose comme ça ne se reproduise. J’ai aussi pris une belle photo de Marie-Mai et du truck à tacos Grubman.

Direction: Alaclair Ensemble et Séba en DJ set au Shag.

Un autre billet de qualité signé Éric Samson.
Classé dans La Swompe - Libellé francos

Le livre comme tel

avr23
2011
Laisser un commentaire Par Éric Samson

Aujourd’hui, l’UNESCO nous invite à célébrer la « journée mondiale du livre et du droit d’auteur ». Le sombre idiot qui a eu l’idée de fêter en même temps un objet d’art et un concept économique désuet devrait être fusillé, sans attendre.

Le copyright est agonisant, et c’est une bonne chose. Je ne reprendrai pas ici le débat sur le piratage, je l’ai déjà fait ailleurs, de toute manière, et si quelqu’un me sort encore « comment les artistes vont faire pour vivre s’ils ne sont pas payés pour leur contenu » et « le piratage c’est du vol », je pense que je me défenestre. Allez lire ce qu’en dit Francis Ford Coppola, mais de grâce ne portez pas attention à l’analyse idiote de l’auteure de l’article, qui commet encore une fois les mêmes erreurs élémentaires de ne pas faire la différence entre « faire payer le consommateur » et « faire vivre les artistes ».

Excusez si je me choque, mais j’en ai marre.

Quand les studios de cinéma se sont rendus compte que les gens pouvaient de plus en plus facilement reproduire l’expérience « aller voir un film » chez eux, gratuitement, il y en a qui ont paniqué et qui se sont mis à poursuivre les gens qui téléchargeaient des films sur BitTorrent, et il y en a d’autres qui ont décidé de rendre l’expérience irreproductible. Ça nous a donné une trâllée de films en 3D, par exemple, dont quelques uns valaient la peine (et d’autres, non.) Pour voir un film en 3D, il fallait obligatoirement aller au cinéma: aucun moyen de faire ça à la maison. Au lieu de tordre le bras et de dire « méchant téléchargeur », on a trouvé un moyen d’ajouter de la valeur au cinéma, et les gens ont répondu en masse.

En musique, c’est à peu près la même chose; certains ont compris qu’il vallait mieux donner sa musique enregistrée, pour attirer des gens aux concerts (une expérience irreproductible, donc incopiable et impossible à pirater, à moins de falsifier des billets de show).

La littérature, malheureusement, peine à se trouver une déclinaison unique et distinctive; ce n’est pas un art performatif (sauf dans le cas des conteurs ou du théâtre, mais on sait déjà que les seuls gens qui achètent des textes de théâtre sont les étudiants et les dramaturges, à peu d’exceptions), il est donc difficile de justifier « donner le contenu » pour vendre autre chose.

L’arrivée des livres électroniques pose donc un nouveau problème; il est difficile de reproduire un livre « classique » au complet: numériser chacune des pages, bla bla, ça n’avance personne. Et photocopier un livre, ça va finir par coûter plus cher que l’acheter.

Mais un livre numérique, ça, c’est pas mal moins ardu.

Les grandes maisons d’édition ont compris ça tout de travers: par exemple, lorsque l’on tente « d’emprunter » un ebook à la BAnQ, il se peut que le PDF ait déjà été emprunté par quelqu’un, auquel cas on devra attendre qu’il ait fini de le lire. C’est évidemment d’un ridicule profond: alors que justement la numérisation des oeuvres permet d’en effectuer des copies infinies à un coût tellement minime qu’on peut le considérer comme inexistant, on simule la seule caractéristique désagréable d’un livre-papier (quand tu le prêtes, tu ne l’as plus à toi) en faisant semblant qu’on n’a qu’un seul PDF et qu’une fois qu’il est « emprunté », il n’est plus disponible. On crée artificiellement de la rareté, on cadenasse le contenu, on prive le lecteur potentiel, sans justification aucune. Fin de la parenthèse.

Quoi faire, donc, devant cette apparente brèche dans le système de l’industrie éditoriale? Admettre la défaite?

Non. Simplement, réaliser qu’il y a de la valeur dans l’objet-livre. Intrinsèquement.

C’est un peu ce que font les Éditions du Seuil, avec leur campagne pour promouvoir leurs nouveaux livres de poche.

Vous voyez comment, derrière une simple parodie des pubs de iPad, se cache une mise en valeur du livre en soi, du livre comme objet qui n’a pas besoin d’upgrade, qui remplit mieux sa mission qu’un quelconque autre bidule.

Le codex comme irremplaçable.

Et drêt là, quand les éditeurs croient avoir déjà trouvé une solution… c’est alors qu’interviennent les auteurs.

Parce que c’est bien beau, tout ça, cette belle idée éditoriale de mettre en vedette le livre imprimé et relié comme étant imperfectible et donc irremplaçable, mais il reste que le créateur va toujours chercher à jouer avec son shit pour rendre les choses un peu plus compliquées et donner de la job aux gens comme moi qui ont étudié spécifiquement pour être capables de les comprendre et de replacer leurs lubies créatrices dans un espèce de grand schéma fondateur de quelque chose.

Le premier véritable exemple que j’ai eu d’un livre qui se considérait lui-même comme livre et qui agissait en conséquence, c’est House of Leaves de Mark Z Danielewsky. Si vous vous ramassez dans une librairie anglophone quelconque, les chances sont bonnes que vous tombiez sur House. C’est un peu devenu un roman-culte.

Voilà un livre qui assume pleinement sa forme, qui crée par sa propre lecture une angoisse profonde chez le lecteur, le caractère ergodique faisant de la lecture elle-même une opération créatrice.

Je vous insère ici, gracieuseté de Greg Hickman sur Flickr, quelques images qui vous donneront une idée de l’expérience que peut être la lecture de House of Leaves.

Close-up of Detail of House of Leaveset

Pages 140-141 of House of Leaves
et
Pages 204-205 of House of Leaves
et
Pages 432-433 of House of Leaves
et encore
Pages 464-465 of House of Leaves

Un autre livre-roman qui m’a foutu la peur du saint feu de Dieu, c’est Tree of Codes de Jonathan Safran Foer. J’imagine que la proximité des titres entre Tree of Codes et House of Leaves n’est pas fortuite.

Foer a décidé de prendre son livre préféré, Crocodile Streets de Bruno Schulz, un recueil de nouvelles hongrois plutôt obscur, et a écrit son histoire à l’intérieur même de ce livre.

Comment on fait pour écrire une histoire dans un autre livre? C’est simple: on coupe les bouts qui ne nous intéressent pas.

Le résultat est saisissant.

La première vision qu'on a de Tree of Codes

La première vision qu'on a de Tree of Codes

Eh oui.

Il a découpé dans son livre favori, pour enlever tout ce qui ne faisait pas partie de son histoire.

Vue de près

Vue de près

Il a découpé. Chaque page. Pour ne garder que ce qui faisait, d’un recueil de plusieurs nouveles disparates, une histoire simple, concrète, directe: le récit de la dernière journée d’une vie.

Une vie pleine de trous, une vie comme toutes les nôtres: avec des longs pans où il ne se passe rien. Sauf que chez Foer, là, ben… on le voit. Le texte a plus que des blancs: il a des trous, littéralement.

Les trous

Les trous

Voici un livre qui n’est rien sans papier, qui n’est rien de plus qu’une nouvelle overpriced de moins de 50 pages, si on la transcrit sur iPad.

Voici quelque chose qui justifie l’imprimé.

Voici, peut-être, quelque chose comme un des avenirs du livre.

Et ça, y’a pas besoin de droit d’auteur pour le « protéger » .

 

Un autre billet de qualité signé Éric Samson.
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Mouawad et la tragédie

avr05
2011
15 Commentaires Par Samuel Mercier

Couchez les enfants, rangez l’argenterie : la nouvelle est tombée hier matin dans les pages du Devoir. Bertrand Cantat jouera dans la nouvelle pièce de Wajdi Mouawad qui sera présentée au TNM en 2012.

Les réactions de la twittosphère et des médias ont été vives. Sur son blogue, Patrick Lagacé écrivait en s’adressant à Wajdi Mouawad :

Qu’on se comprenne bien : vous avez tout à fait le droit de mettre sur scène un homme qui a battu la femme qu’il « aimait » à mort. Je ne remets pas ce droit en question : le salopard a payé sa dette, comme chacun le sait. J’ai le droit de trouver qu’en exerçant ce droit, vous vous comportez comme un sale con. Le génie artistique n’excuse pas tout.

La réponse est venue ce matin. D’après les propos recueillis par la Presse, Lorraine Pintal, directrice du TNM, aurait défendu le choix de laisser jouer Cantat en indiquant :

Je crois que le devoir du monde dans lequel je vis et duquel je veux être fière, c’est de permettre à quelqu’un de vivre sa réhabilitation dans la dignité, a déclaré la directrice artistique du TNM. Pour cette raison, oui, Bertrand Cantat fait partie du groupe de création.

Dans la même veine, et dans un élan de valeurs chrétiennes en ce temps de Carême (vous l’oubliez, hein ?), Marc Cassivi écrivait lui aussi ce matin à propos de la réaction de Pintal : « Elle a raison. C’est le geste du pardon, une valeur chère à notre société judéo-chrétienne, que certains aimeraient aujourd’hui faire passer pour une lubie de gauchistes. »

Tragédie, tragédie…

Au-delà du débat éthique sur la réhabilitation, toute cette histoire nous ramène à une question plus fondamentale entourant l’art (car c’est bien d’une pièce de théâtre dont il est ici question) : est-il acceptable de faire monter un meurtrier sur les planches ?

D’un point de vue esthétique, cela se justifie. Bien sûr, si Mouawad met en scène Cantat en train de tabasser une femme en criant « Crève salope! », je serai tout aussi perplexe que les Bienveillantes qui poussent des hauts cris en ce moment. Cependant, ce n’est pas n’importe quelle pièce, c’est du Sophocle (le cycle des femmes, tiens) et Cantat fait partie du chœur (la voix de la Cité !). Deux choses qui, à mon avis, peuvent être intéressantes et qui méritent au moins d’attendre de voir ce que Mouawad en fera.

Pour ce qui est de Cantat, il est difficile de prendre sa défense, mais son travail ne peut pas être jugé en fonction des actes terribles qu’il a commis. Ici, on en arrive à un point difficilement conciliable entre éthique et esthétique. Il est embarrassant de juger une oeuvre en fonction de l’auteur ou des acteurs qui sont derrière (sauf à la limite si ceux-ci se mettent délibérément en scène). Que ceux-ci soient des méchants et des salauds, criez si vous voulez, mais ça ne change rien au résultat.

L’autre aspect intéressant de toute cette histoire concerne la nature même de l’art. Vous vous demandez si les matantes de Repentigny se déplaceront pour aller voir un véritable meurtrier sur scène ? Évidemment que oui. Le spectacle des passions, la tragédie, les gens y prennent parfois un plaisir un peu malsain. C’est peut-être pour ça aussi que tout le monde s’y intéresse un peu, en fin de compte, à cette histoire de Cantat au TNM.

Cependant, l’art n’est pas là que pour montrer de belles choses, mais aussi pour mettre en lumière ce qu’il y a de laid et de terrible dans l’expérience humaine. C’est peut-être là l’essence de la tragédie : crier « haro sur le baudet », jeter la pierre au vilain Cantat pour mieux oublier ce qu’il y a de pourri en nous, la catharsis et tout le reste. Au fond, Mouawad est en train de nous enseigner quelque chose à propos de Sophocle.

Un autre billet de qualité signé Samuel Mercier.
Classé dans théâtre - Libellé Arrestations, Bertrand Cantat, contrition, décadence, foreign shit, l'esti de Paulo Coelho, Lorraine Pintal, Marc Cassivi, médias, mi-amer, Patrick Lagacé, Sophocle, TNM, Tragédie, troublant, Wajdi Mouawad

N’écrivez pas de livres

mar21
2011
16 Commentaires Par Éric Samson

Je ne cacherai pas que c’est Patrick Dion qui m’a mis le feu au culturel, tantôt.

Sur BangBang, il y a deux semaines, il étalait ses « revenus d’auteur ». Aujourd’hui, il en rajoute sur son blogue personnel (donc, celui pour lequel il n’est pas payé) avec son billet « Foutu (sic) littérature » .

Il y a un mois, la blogueuse écolo Cécile Gladel, auteure d’un livre publié aux Intouchables, L’écolo écono, montrait « fièrement » une photo de son chèque de droits d’auteurs pour l’année 2009-2010.  Elle avait reçu $48 et quelques, pour un livre paru deux ans auparavant.

Dion, lui, a reçu mille-quatre-cent-quelques piastres, en un an.

Les deux prennent ostensiblement, pour leur billet, la posture de vouloir « éduquer le public ». Le titre du billet de Gladel était « Vous pensiez que les auteurs étaient riches? » et Dion va carrément dans le mépris du public en disant des choses comme « la vision du bon peuple est biaisée » (le bon peuple? vraiment?) et autres trucs du genre.

Bon.

On va arrêter de niaiser.

(Crédit photo: Stephan Geyer sur Flickr)

(Crédit photo: Stephan Geyer sur Flickr)

Tout le monde le sait, que faire de l’art, au Québec, c’est pas payant. La campagne anti-piratage de l’ADISQ de 2004, avec Stefie Shock, Dumas et les autres, commençait déjà à répandre la Bonne Nouvelle au Bon Peuple. Quand on a vu Gil Courtemanche faire un tollé pour un prix de $10 000, cet automne, et qu’on a déploré que « plusieurs des autres auteurs en lice ne pouvaient pas se permettre de laisser passer un tel montant », c’était déjà sous-entendu. Philippe Renault de Rue Frontenac a fait un super topo sur les side-lines des artistes d’ici et André Péloquin avait déjà parlé du phénomène en 2008.

Tout le monde le sait, que les artistes ne roulent pas sur l’or. L’état de la littérature au Québec est déjà bien connu, alors on m’excusera de ne pas considérer comme éducatif de montrer ses chèques de paye au grand jour, pour « dénoncer une situation » qui est connue de tous.

Surtout si, comme Dion, on s’en sert pour dénoncer le projet de loi C-32 qui prévoit une réforme des droits d’auteur. Personnellement, mon avis est que C-32 ne fait que créer mille problèmes en institutionnalisant des aberrations de l’ère pré-numérique et qu’on est mûrs pour repenser en profondeur le concept même de droit d’auteur.

Je suis bien d’accord avec Dion quand il déplore le peu de place qu’on laisse à la littérature dans la sphère médiatique québécoise. C’est un autre débat, que je me prévois bien entreprendre ici un jour.

Mais quand on nous sort des phrases comme

j’ai été rémunéré 2,44$ de l’heure pour écrire ce bouquin, soit quatre fois moins que le salaire minimum (pd:bb)

Mais tant d’efforts pour si peu de résultats? Est-ce que tout ça valait la peine? (pd.ca)

Quand on compte les heures de recherche, les heures pour écrire, les heures de promotion (on n’est pas payée quand on fait des entrevues lors de la sortie d’un livre), les heures dans les salon du livre ( pas payée non plus), il ne faut pas faire le calcul du taux horaire sinon on déprime. (cg)

c’est là que je décroche.

Vous savez combien ça nous paye, par année, animer à CISM? 0$. Oui, bon peuple, tout ce travail, tout cet effort, pour rien. Attendez, je formule différemment. On n’est pas payés quand on fait de la lecture pour critiquer des livres qu’on achète souvent nous-mêmes, on n’est pas payés quand on fait de la promo pour l’émission, on n’est pas payés quand on va voir des films, des pièces de théâtre ou des shows, on n’est pas payés pour écrire nos topos, on n’est pas payés pour faire la recherche musicale de l’émission, on n’est pas payés pour animer, on n’est pas payés pour faire la mise en ondes. Il ne faut pas faire le calcul du nombre d’heures qu’on passe annuellement sur un show comme La Swompe, sinon on se trouve vraiment cons. Surtout si on regarde son compte en banque après.

Vous me répondrez que je le savais, en arrivant à CISM, que je ferais pas une cenne. Ben, exactement. Et toi, Patrick, et toi, Cécile, et toi aussi, auteur X, viens pas me dire que tu pensais payer ton hypothèque avec ton livre?

À part quelques chanceux, les auteurs n’ont jamais vécu de leur plume. Baudelaire ne vivait pas de sa poésie, Rimbaud est devenu marchand d’armes, Balzac est mort pauvre comme Job, James Joyce avait un couple de mécènes qui l’hébergeaient et le nourrisaient pendant qu’il écrivait Finnegan’s Wake à Paris. Tout ceci n’est pas nouveau.

J’ai parlé un peu de la situation d’auteur avec mon ami Gautier Langevin, président de Promo 9e Art, un OSBL qui fait la promotion de la bande dessinée au Québec.

On parle toujours de chiffre de ventes, mais on oublie tous les à-côté qui viennent avec: per diem, crédits d’impôts, subventions, ventes de droits, prêts publics, conférence, entrevues etc. Y’a moyen de bien vivre, mais il faut que tu sois à tes affaires. Comme n’importe quel travailleur autonome.  Évidemment, plus d’aide du gouvernement ne pourrait pas faire de mal, mais de là à dire qu’on crève de faim en tant qu’auteur, il y a tout un fossé.

Ne croyez pas que le roman graphique est un genre plus commercial que le roman tout-court, au Québec. Pourtant, plusieurs bédéistes vivent de leur art. Comment? Ils font de l’illustration freelance, ils s’arrangent. Ils travaillent dur, mais ils y arrivent.

Tout comme Patrick Dion qui travaille aussi à Vlog et un peu partout, tout comme Cécile Gladel qui travaille à RueMasson.com et fait du freelance.

Et pareil pour des gens comme Mathieu Beauséjour, qui a transformé son émission à CISM en contrats de DJ à la Rockette, à l’Esco et ailleurs. Et là je ne parle même pas d’MC Gilles, qui est quasiment partout.

Je m’en veux un peu de revenir sur ça, encore, parce que c’est un exemple tellement souvent utilisé qu’on en vient à ne même plus y penser, mais Misteur Valaire font $2,61 par album (et même moins; ce chiffre est le montant payé par le consommateur, avant d’avoir payé le gérant etc) et réussissent quand même à plutôt bien gagner leur vie. Comment? Comme le disait Pierre B Gourde à Péloquin l’été passé, « Il suffit d’utiliser une stratégie efficace » . Évidemment, si MV sortait son album et attendait le chèque, on verrait probablement Luis au Couche-Tard assez vite.

C’est pareil pour les auteurs. Pourquoi pensez-vous que les auteurs font des conférences, des tables rondes, des colloques? Quand on entend Stanley Péan (qui a été président de l’UNEQ, l’Union des écrivaines et écrivains québécois de 2004 à 2010) à son émisison radio d’Espace Musique, est-ce qu’on doit penser qu’il ne serait pas là si ses livres se vendaient davantage? Peut-être est-ce le cas, peut-être pas. Je n’en sais rien. Mais je me doute bien qu’il ne serait probablement pas là s’il n’était pas un auteur avec un nom au moins un peu connu. (Si je me fie aux autres animateurs d’Espace Musique, on va souvent chercher des « personnalités »; cela dit, je ne doute pas qu’ils soient tout de même compétents dans leur créneau.)

Finalement, est-ce qu’écrire un roman, au Québec, c’est payant?

La réponse, c’est « ça dépend ce que tu fais avec, après ».

Un autre billet de qualité signé Éric Samson.
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20 ans de CISM

mar17
2011
3 Commentaires Par Éric Samson

(Si vous vouliez un titre contenant un jeu de mots avec marge, comme « Mange de la marge » ou « La marge à suivre », ben, désolé.)

Lundi, c’était le 20e anniversaire de l’arrivée de CISM sur la bande FM. Pour l’occasion, les gens de la station avaient organisé une bien belle expo photos avec des images du passé et tout.

Ils avaient aussi invité Navet Confit, Carl-Éric Hudon et Lydia Champagne pour nous faire un show unique qui reprenait des pièces marquantes des 20 dernières années à CISM. Et laissez-moi vous dire qu’entendre Carl-Éric chanter Les Vautours ( « tête de mort, tête de mort avec du feu » ) ou Hawaïenne, c’est une expérience assez mémorable. Navet et son Jus de citron aussi.

20 ans de CISM 89.3 FM from UNIVERSITV.TV on Vimeo.

Et les expériences mémorables, c’est ce qui fait que je reste, encore et toujours, à CISM.

On n’a qu’à penser à l’autre événement du début du 20e,  le show de Hudon/Placard. En parlant avec Martin Roussy, on a convenu que ce concert-là s’est ramassé tout de suite dans notre top-10 des shows de tous les temps; Relaxe était carrément magique, Hudon qui interprète pour la première fois Douce canaille, tu me manques et Nous étions jeunes en public, la toujours merveilleuse Lanternes chinoises ou l’émouvante Western-country… sans compter les chansons solo-unplugged en rappel (respectivement Ta tête sur mon épaule et Raccourci)… formidable.

Je me souviens encore de mon animation à la « session live » de Karkwa, un peu avant le lancement du Volume du vent. Comment ne pas se sentir incroyablement privilégié de voir un des groupes à l’époque les plus importants de la scène émergente qui te fait un show juste pour toi. Je garderai aussi toujours en mémoire mes entrevues avec Girl Talk (Osheaga 2009) et avec Tao Lin (lancement de Richard Yates). Pour moi, c’étaient de très, très grands moments.

On a beaucoup parlé des talents qui sont sortis de CISM, un peu comme on parle des artistes que CISM a lancés et qui sont devenus mainstream, comme si la carrière des Anne-Marie Withenshaw, Patrice Roy, Marie Plourde et autres était symétrique, ou parallèle, à celle des Trois Accords, de Karkwa ou de Malajube. Cassivi a même parlé des « maladresses des animateurs ». Mais on a peu parlé des grands, grands talents radiophoniues qui sont là, maintenant, et dont l’écoute rigoureuse est, pour moi, essentielle. Je suis honoré de les compter parmi mes collègues, et de pouvoir les considérer comme des amis. Anne Laguë, Claudia Boutin, Mélissa Maya Falkenberg, MC Gilles, Martin Roussy, entre autres, sont selon moi des incontournables majeurs. Il y en a une bonne centaine d’autres, bons animateurs, sur le 89,3. Je ne pourrais pas tous les nommer.

Mais c’est ça, pour moi, CISM. Des moments et des gens inoubliables.

Et d’en faire partie est un privilège incroyable.

(Je suis d’ailleurs tombé sur cet article de 2008 de Party Ben, le fondateur de la scène mashups de San Francisco. Je ne l’avais jamais vu, mais il semble avoir bien aimé la défunte Sur le pouce de Catherine Valois.)

Un autre billet de qualité signé Éric Samson.
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De Gatineau à LavaLLL

mar15
2011
Laisser un commentaire Par Poulin

Voici une retranscription de l’intégrale de l’entrevue réalisée avec Gatineau pour souligner la sortie de Karaoke King. Pour entendre une partie de l’entretien, il faut écouter la deuxième heure de notre émission de jeudi dernier, accessible en mp3 par ce lien.

M : On est en compagnie de Perceval et de Séba, le noyau de Gatineau — du moins Gatineau au complet sur l’album. Votre nouveau disque s’intitule Karaoké King ; dites-nous ce que vous avez voulu faire avec cet album.

S : On a surtout voulu faire danser le monde, rendre ça joyeux, faire le party, créer la matière première pour des spectacles festifs.

P : Renouer avec nous-mêmes, renouer avec le plaisir, avec le fait de faire de la musique en groupe et remettre la machine en branle. On a quand même été deux ans à pratiquement rien faire ; bon on faisait nos propres affaires chacun de notre côté…

S : Y’a même du monde qui pensaient qu’on n’existait plus… en fait nous autres aussi!

P : Alors c’est ça, on reprend le flambeau et on poursuit nos aventures!

M : Si j’ai bien compris, maintenant, le groupe n’est composé que de vous deux, mais j’imagine qu’en spectacle, vous allez être accompagnés par d’autres gens…?

S : Bin ça a tout le temps été pas mal ça, dès le début on était un duo à la base et on a ajouté des gens avec nous autres. Par exemple Burne Macpherseünde participe beaucoup beaucoup, c’est pratiquement un membre, mais au niveau de la composition, on est les Lennon/McCartney du Québec.

P : C’était comme ça aussi pour le premier disque, c’est juste qu’on y avait laissé plus de place à d’autre gens… Ce disque-ci, c’est Séba et moi qui l’avons fait, y’a Burne qui a fait la batterie et, en quelque sorte, le quatrième membre a été Carl Bastien.

S : CarLLL ! The Magik Doy! The Magik Doy!

P : Cependant, pour la formule live qui va suivre dans les prochains mois, c’est pas nécessairement Carl qui va jouer les claviers, c’est un gars du nom de Martin Lizotte, qui joue avec Hombre et qui a accompagné Daniel Bélanger. C’est un ami — et un fan — de longue date et il fait partie, avec par exemple les membres de Plaster, de notre petite communauté de musiciens. Et peut-être, si on est chanceux, pour les spectacles à grand déploiement, il y aura des voix de demoiselles…

M : Justement, je voulais aborder ce sujet ; il y en avait déjà quelques unes sur le premier album — notamment dans The Christ Is Right –, mais là, sur le nouveau, c’est pratiquement dans une pièce sur deux. J’imagine donc que, pour les spectacles, ça doit être plus difficile au niveau de la logistique…?

P : Bin, c’est sûr que, nous-mêmes, on est capables de chanter, mais pour les spectacles à grand déploiement, on irait vers l’ajout de choristes. En ce qui concerne les shows qui vont venir, ces voix-là vont être « distribuées » à travers tout le groupe, ou sinon la solution qu’on a pour l’instant, c’est l’utilisation de séquences ou du vocoder.

M : Ceux qui ont eu la chance d’écouter votre nouvel album ont assurément remarqué son côté beaucoup plus dansant ; le premier disque était plus jazz, plus rock, avec de la guitare électrique de temps en temps, mais il n’y a plus de guitare sur Karaoké King. Qu’est-ce qui explique ce changement? Ce que vous avez écouté au cours des dernières années?

S : Ouais c’est un peu ça. Moi, j’ai écouté beaucoup de musique dance, beaucoup de radio populaire, de R&B, de hip hop plus conventionnel, j’écoute aussi beaucoup de musique générique en ce moment, alors ma volonté de faire danser les gens vient sûrement de là. Aussi, c’est beaucoup par rapport au spectacle : à chaque fois qu’on arrivait avec les Contes immoraux, les gens trippaient et dansaient, mais on n’arrivait pas à maintenir cette ambiance-là à cause des limites de notre répertoire. En faisant le nouveau disque, on pensait ainsi beaucoup au spectacle, pour lequel il nous manquait certains éléments. Notre but est de mieux permettre au public de participer, d’embarquer dans notre trip en lui permettant de danser. Mais bon, même si la base de la majorité de nos nouvelles chansons est un gros beat dansant, ça ne nous empêche pas de continuer d’expérimenter ; par exemple, avec la chanson « Quelque chose d’urgent nécessite ma présence », tu peux danser dessus mais la bass reste vraiment fucked up.

P : Je ne sais pas si c’est un avis qui est partagé par ceux qui écoutent notre musique, mais je pense que ce disque-là est plus heavy, plus hard que le premier. Il y a une grande énergie violente qui est en quelque sorte intérioriée, mais qui demeure palpable du début à la fin.

S : Si on prend la chanson « Non mais pourquoi tu m’dis tout ça? », elle commence tout doucement, mais y’a quand même une violence qui est comme retenue ; on sent qu’elle pourrait exploser à tout moment, mais elle reste là, latente.

M : Un peu comme « Come Together » des Beatles, que j’ai toujours trouvé très violente mais si, pourtant, musicalement c’est assez « léger ». Y’a comme une énergie qui est là mais qui est difficile à expliquer.

S : Ouais, c’est ça. Tu sais, c’est pas mon groupe préféré et c’est peut-être pas le meilleur exemple, mais la chanson « Tassez-vous de d’là » des Colocs, c’est une chanson super dansante pis festive, tout le monde a dansé là-dessus mais personne a vraiment écouté les paroles, alors quand il s’est suicidé, tout le monde a fait « Oh, il parlait de ça… ». Parlant de violence, y’a plein de gens qui m’ont dit « Ah, y’a pas de MC BrutaLLL sur le disque… », mais une chanson comme « Au natureLLL », c’est la suite de MC BrutaLLL sauf que c’est fait plus doucement. Quand on dit « une main de fer dans un gant de velours », c’est sans doute la meilleure façon de voir le disque ; il y a une violence, mais amenée d’une autre manière, c’est incisif et subtil à la fois.

M : Ça me fait penser à votre rapport à la vulgarité ; dans le premier disque, la vulgarité était souvent pointée du doigt, plusieurs gens disaient « Ah, y’a des tounes que j’aime un peu moins, c’est un peu trash à mon goût… »

P : Ouais, ça nous a pas mal fermé de portes, surtout au Québec…

M : Mais sur le nouvel album, il y en a quand même beaucoup moins ; à la limite, il y a toujours des morceaux comme « Au natureLLL », mais ça demeure moins cru que ce à quoi vous aviez habitué le public.

S : Ouais bin c’est parce que ça sert à rien un moment donné de parler d’affaires trash juste pour parler d’affaires trash. Tsé, on peut faire une toune et dire le mot « plotte », mais c’est super facile et un peu plate ; c’est pas mal plus difficile de l’évoquer sans nécessairement le mentionner aussi clairement. En ce qui concerne le personnage de MC BrutaLLL, en p’tites bobettes avec une cagoule, y’a eu des moments comme aux Francofolies où je voyais passer des parents avec leurs petits enfants qui passaient et je me disais «Ah man, pourquoi je suis de même, pourquoi je fais ça? ». Faut dire que, dans ma vie personnelle, il y a pas mal d’affaires que j’ai réglées, pas mal de démons dont je me suis débarrassé, alors je suis plus pacifique, plus calme qu’avant. Ce n’est donc plus vraiment quelque chose qui m’intéresse ; avant j’utilisais la musique pour canaliser et évacuer la violence qu’il y avait en moi, mais je n’ai plus besoin de faire des chansons comme ça.

M : Faut dire aussi que lors de la sortie du premier album, c’était pas mal dans l’air du temps avec des groupes comme Omnikrom qui avaient pas mal de succès sur la scène rap québécoise. Mais bon, depuis, les choses ont quand même pas mal évolué.

S : Aussi, quand on commençait, si on était arrivés vraiment soft, peut-être que ça aurait moins attiré l’attention des gens, mais quand tu jappes après le monde, ça engendre une réaction plus forte. Prends par exemple un groupe comme Duchess Says ; ils sont vraiment intenses, ils jappent après le monde et ça a rapidement attiré l’attention.

P : Faut dire que Duchess Says c’est quand même un peu extrême, mais c’est en quelque sorte leur marque de commerce. Nous, on a cet élément-là dans notre musique, mais on essaie d’offrir quelque chose de plus diversifié ; tu parlais par exemple de l’influence du jazz, de la profondeur des textes… On voulait s’assurer que le groupe ne se limite pas qu’à l’image projetée par BrutaLLL, même si on ne l’évacue pas complètement. L’idée était d’essayer des nouvelles choses : on avait déjà parlé de craques de seins, alors pourquoi ne pas essayer de simplement parler d’amour?

É : Cet album a été construit en quelque sorte en vase clos…

S : À LavaLLL!

É : En double vase clos alors… Est-ce que c’est ce qui explique l’absence d’apport extérieur, de collaborateurs? C’est quand même quelque chose d’assez rare en rap, notamment au Québec, où y’a toujours un featuring ou deux qui viennent s’ajouter (par exemple Gisèle sur le premier disque).

P : Je pense que c’est davantage une question de manque de temps. En pré-prod on a monté une trentaine de chansons, on a fait le best-of, y’avait des chansons dans ce best-of qui n’étaient pas tout à fait terminées, alors le temps de tout mettre ça en branle, de trouver en quelque sorte le quatrième membre, on a dû faire des choix basés sur l’efficacité. Et de toute façon, dans la dizaine de chansons retenues, il n’y en avait pas une qui sous-entendait l’apport potentiel de quelqu’un d’autre, aucune à propos de laquelle on se disait « Hey on devrait laisser un trou pour un featuring »…

S : Ça aurait été simplement un featuring pour avoir un featuring, pour être vu avec quelqu’un sur ton disque… En général c’est quelque chose qui me gosse, y’a par exemple un certain groupe montréalais dont je ne nommerai pas le nom qui a à peu près un featuring par chanson, alors quand tu vas les voir en spectacle, c’est sûr que t’es déçu parce qu’il manque tel collaborateur, il manque Curtis Mayfield… ouin j’ai presque nommé le groupe…! Mais bon, c’est quelque chose que je trouve plate. Tu sais, travailler avec Gisèle c’était super cool, ça a donné une de mes chansons préférées de Gatineau, sauf qu’on arrivait en show et il manquait toujours quelque chose, alors on voulait être certains que le public ne serait pas déçu lorsqu’il viendrait assister aux spectacles. Et aussi, je pense qu’on essayait de montrer qu’on était capables de faire un disque qui serait vraiment « à nous deux », même si y’a vraiment beaucoup de gens avec qui on aimerait éventuellement collaborer.

P : Ça va venir, ça, en fait, parce qu’on a quand même des visées sur certaines collabos. Tsé on aimerait ça travailler avec Katerine, avec les National Parks… Pour l’instant, les invités ont surtout été au niveau musical ; du côté des voix, y’a eu Marie-Christine Depestre et Dawn Cumberbatch qui font des backvocals. Ce n’est peut-être pas eux qui ont composé les paroles de ce qu’elles chantent, mais elles ont quand même contribué de manière musicale au travail.

S : On est toujours à l’écoute de la chanson : au début j’arrive avec mon texte avec mon attitude « je suis un poète, je suis dont bon », mais si telle ou telle affaire ne fonctionne pas, j’ai pas de problème à ce qu’on l’enlève. Même chose si telle ligne de bass ne marche pas : on l’enlève. On a toujours fonctionné comme ça, en laissant l’ego de côté pour que la chanson fonctionne le mieux possible. Y’a jamais eu de chicane du genre « Ouin bin moi mon riff de bass est vraiment écœurant pis j’vais le mettre pareil ». Par exemple, la chanson « Au natureLLL » : à la base, le texte durait 7 minutes, mais on a coupé pis on a coupé et je comprends que c’est la chose à faire pour que le produit fini soit de meilleure qualité.

M : Au niveau des concerts, qu’est-ce qui s’en vient?

P : Le lancement, avec prestation, est le 16 mars et ça se passe à la Taverne Normand sur Mont-Royal au coin de Chambord.

S : Chambord, Chambord et Linso…

P : Sinon, il y a des dates de festivals de confirmées mais qui ne sont pas encore sorties dans les médias. Mais après le lancement, le premier show de confirmé sera à Terrebonne.

S : Je viens de Terrebonne et j’ai vraiment trop hâte!

É : Parlant de Terrebonne, avec notamment l’arrivée de Scène 1425, est-ce que vous avez l’impression que la scène locale est en train de s’exporter dans les « régions» , de se décentraliser?

S : Oui, c’est parfait comme ça, c’est ce que je disais avec mon blogue sur la « scène bocal » en 2006 ou 2007, il faut sortir de cette vieille dynamique. Tu peux être vraiment populaire quand tu joues au Quai des brumes ou au Divan orange, mais tu traverses le pont et y’a personne qui sait t’es qui à Longueuil même si t’es big à 15 coins de rues. C’est ça qui est bien avec Scène 1425, qui prennent l’espèce d’esprit du Plateau et l’emmènent partout en région. Je pense aussi qu’on fait de la musique, ça va avoir l’air con, pour le monde en région ; moi je trippe là-dessus, j’écoute CKOI et je trouve ça important de pouvoir s’exporter en région et de communiquer avec les gens qui s’y trouvent. On voudrait en quelque sorte représenter Laval et Terrebonne et arrêter d’être un band de Montréal, ce qui finit par m’énerver parce que la scène est trop centrée sur elle-même.

M : Séba, Perceval, merci pour votre temps et bonne chance avec votre excellent album!

Un autre billet de qualité signé Poulin.
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Po-mo à gogo

mar07
2011
1 Commentaire Par Éric Samson

Je suis encore essoufflé de mon billet-marathon d’hier, alors je serai bref.

Je parlais il y a quelques jours de la disparition éventuelle du concept de « littérature » dans un monde où on est rendus à encourager les jeunes à lire leurs instructions sur une boîte de soupe en leur disant que ça fait d’eux des lecteurs.

Pourquoi penser?

Tiré de Pourquoi penser?, de Samuel Mercier

 

Évidemment, tout ça pue le postmodernisme à plein nez; tout se vaut, il n’y a plus de haute et de basse culture, etc etc.

J’ai même eu en commentaire (en privé) une amie qui me disait que

D’après moi, la littérature est peut-être morte quelque part entre American Psycho et The Real World.

Justement, j’ai noté ces jours-ci quelques trucs qui tendent à faire plaisir à l’amateur de postmodernisme en moi.

Premièrement, notre Père à tous, Bret Easton Ellis, a publié dans le Playboy de janvier un magnifique article sur Jersey Shore. Heureusement, parce que plus personne ne lit Playboy, Random House ont mis l’article sur le web, et heureusement, parce qu’il y a des gens qui travaillent, ils l’ont mis sur leur propre site plutôt que sur playboy.com…

Ce n’est pas le premier à écrire des articles « savants » sur Jersey Shore: Gawker analysent la série depuis avant même la diffusion du premier épisode du plus grand guilty-pleasure au monde… mais Ellis le fait avec le flair qui lui est propre, et n’en déplaise au souvent brillant Brian Moylan de Gawker… dude, t’es pas un Ellis.

À noter: Ellis a aussi publié ce tweet qui me fait trépigner d’anticipation:

I'm in the middle of writing about Charlie Sheen for next week's The Daily Beast: 3000 words and I'm not using the term #tigerblood once...
5 March, 2011 4:57 am via webReplyRetweetFavorite
@BretEastonEllis
Bret Easton Ellis

 

Par ailleurs, et j’aurais bien de la difficulté à vous expliquer pourquoi (il est mort en 2008), il semble récemment y avoir une vague d’intérêt pour David Foster Wallace, et surtout pour ses essais sur des sujets typiquement non-littéraires. J’en ai vu pas mal passer sur Facebook depuis, mettons, deux semaines. Juste hier soir, par exemple, quelqu’un a envoyé ça sur son wall: le discours prononcé par DFW au Kenyon College en Ohio. De la pure magie, même s’il passe plus de temps à parler d’aller à l’épicerie qu’autre chose.

Ces deux grands auteurs génèrent du sens, découvrent de la profondeur dans quelque chose qui, ostensiblement, n’en a pas. C’est là l’essence de leur génie.

Inversement, j’ai cliqué (justement, dans un billet must-read de Moylan sur Gawker) sur un lien qui m’a amené à cette folle histoire d’un groupe pop japonais, Kishidan, dont les membres sont apparus sur MTV-Japan habillés, au fond, en bande de SS.

Kishida à MTV

Ouain. (photo: The Guardian)

Bon, oui c’est de mauvais goût, évidemment, ça se fait pas, bon, on va pas s’ostiner là-dessus: se déguiser en nazi, c’est mal.

Mais là où je veux en venir, c’est que dans la controverse post-entrevue, le porte-parole de Sony (leur label) a déclaré que le costume des gars de Kishidan

was not meant to carry any ideological meaning whatsoever.

Ce qui me saisit dans tout ça, c’est que ces pop-stars vont totalement dans la direction opposée à celle des deux auteurs dont je viens de parler: ils prennent l’événement qui a probablement eu le plus grand impact sur le XXe siècle et le purgent complètement de toute signification.

Quand Jersey Shore devient la prémisse d’un des plus grands auteurs américains contemporains et que le nazisme devient un choix esthétique « sans portée idéologique aucune », je pense qu’on est rendu à quelque chose qui ressemble à la fin de quelque chose.

 

Un autre billet de qualité signé Éric Samson.
Classé dans éditorial - Libellé culture, David Foster Wallace, dégénéré, littérature, Livres, médias, pomo
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