Le Marais – Chronique parisienne : Groland, la vraie exception culturelle

3 04 2007

 Comment aurais-je pu faire autrement que d’inaugurer mon bain de boue swompesque par la terre spongieuse et paludique qu’incarne Groland ? Existe-t-il plus profonde allégorie éthylique et plus jouissif idéal ? Dans l’environnement extatique créé par les candidats aux présidentielles, où le thème de « l’identité nationale » est érigé en repère vital, une apologie du Groland s’impose. Par nécessité, par soif de vérité (par soif d’absinthe, ça marche aussi) et parce que manger de la boue, ça fait du bien au pancréas.

Pour les étrangers gardant la tête baissée dans une mono-identité intolérable, pour les transfuges d’outre-atlantique qui viennent de se décoller le scalp en voyant à quel point les adéquistes n’étaient pas adéquats et qui ne parviennent pas à lâcher le Charest, sachez que le refuge politique en territoire grolandais est possible.

M’enfin, quossé Groland ? Sachez que la présipauté de Groland, c’est une brillante patrie pas si fictionnelle que cela. Groland, c’est une joyeuse satire de la France d’aujourd’hui et de toutes les contre-vérités et doubles langages qui y sont associés dans la petite lucarne et les petits papiers, pour finalement nous mettre dans nos petits souliers.
La genèse grolandaise vaut son pesant de barriques de cervoise : existence attestée depuis le crétacé inférieur (des ossements de majorettes en sont une preuve irréfutable) ; nation qui connaît son heure de gloire fin XVIIe siècle autour de l’haleine avinée du Duc Platisphile Ier de Salengro s’exclamant un soir de biture collective Euj fais qu’est ce que je voul, car céans c’est Salengroland !; peuple soudé par le gouvernement musclé de Mami Quéquette juqu’en 1993 ; c’est le Président Salengro qui en incarne actuellement l’autorité suprême.

Groland a un temps trouvé son expression télévisuelle dans le 20H20 et Groland Sat sur Canal + et frappe aujourd’hui dans 7 Jours au Groland, grand messe des adeptes dont l’éthylotest ferait frémir les banlieues anglaises et polonaises rassemblées dans un immense battle d’ivrognerie. A l’autel officie Jules-Edouard Moustic, assisté de ses diacres aux cheveux gras qui sillonnent des mégapoles internationales, épicentres de la culture underground de l’engrais naturel et de la blouse de vieille : Bleurilles-sur-Bré, Vitroux-le-Vieux, Moussi-sur-Lès, Fistufle, Vidouillant-la-Bravarde, Bourinne-Léfion, Chamburne-en-Basses-Bouilles , Muffloin-la-Faluche.

A Groland, il y fait bon vivre car la libre expression règne en muse universelle : seul le Président a le droit de vote mais tous les Grolandais ont la possibilité de se présenter. A Groland, il y fait bon vivre car les manèges dans les parcs sont fixes et ce sont les parents qui tournent autour. A Groland, il y fait bon vivre car le polythéisme permet de célébrer en toute quiétude le dieu Cacahuète et le Dieu Tire-Bouchon. A Groland, il y fait bon vivre car on y mange de l’oreille de porc à la Van Gogh.

En ces temps d’insouciance, l’actualité de Groland est toute entière tournée vers la campagne présidentielle du voisin français, comme l’illustre joyeusement la dernière émission du 31 mars .
Mais personne ne soupçonne vraiment l’étendue et la vigueur des ramifications du réseau grolandais à travers l’espace-monde sur lequel nos Converse tachées de harissa tentent de se stabiliser : Groland, c’est plus pétillant que Coca-Cola, plus extrême que l’Opus Dei, plus réconfortant qu’un petit-déjeuner chez Tim Hortons ! Car la nébuleuse Groland, c’est aussi :

- des créateurs pas manchots derrière la caméra : Benoît Délepine et Gustave Kervern se sont attelés à nous pondre Aaltra en 2004, road-movie aussi pathétique qu’hilarant de deux cons, voisins à leurs heures perdues, qui se retrouvent paralysés après une dispute et qui entament un lent périple en Finlande à bord de leur fauteuil roulant pour faire cracher le fabricant de la benne agricole qui leur est tombée sur les jambes. Puis Avida en 2006, film profondément troublant, hautement esthétique et assurément surréaliste sur un sourd-muet et deux drogués à la kétamine qui loupent l’enlèvement d’une milliardaire aussi mince que Michael Moore ( sans la barbe). Dans les deux cas, vous vous retrouverez le nez scotché dans une élégante vase burlesque et sans retenue – du jamais-vu, cest certain.

- un festival grolandais cinématographique et musical à Quend-Plage-les Pins ( Baie de Somme) depuis 2005 ( une 3e édition pour septembre 2007 en cours ?), qui mêle longs métrages en plein air, courts métrages, concerts, expos, compétition de char à voile, vomi, pisse, caca et boudin.

- le groupe Les Producteurs de Porcs, troubadours punks emmenés par le Président Salengro lui-même et leur rock star Guy Pop qui ont entamé il y a peu une tournée géante d’une date aux Contamines-Montjoie. Le 17 avril, ils seront à la Cigale en compagnie de Cali, Miossec et Didier Super pour un concert exceptionnel de soutien au journaliste Denis Robert, fouille-merde salutaire depuis 2001 dans le chaos de la justice et les magouilles politico-financières de l’affaire Cleartsream.

Sur ce, je vous invite à mettre la main sur votre petit cœur tout sec et à entonner ensemble l’hymne grolandais Je mourrirai pour toi !

Et quand y’en a plus, y’en a encore sur Groland Vidz

Banzaï !

Un autre billet de qualité signé Marais Nostrum.

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