Une croûte, pendant qu’on broute, pour la route

17 04 2007

Bon, c’est presque dit : Ta Mère, archéologue de la modernité trop pauvre pour se payer des livres récents et trop paresseuse pour se lever le derrière et le botter jusqu’à la bibliothèque pour réserver les acquisitions récentes par-dessus une armée de grand-mères férues de littérature, va parler d’un roman épistolaire (joual inclus, qui pis est) qui s’appelle Pour une croûte, paru en 2005 (hé non, vous ne serez pas vraiment ”in” avec ça) et signé Alexandre Laferrière, lequel semble promis à une carrière littéraire pour le moins ingénieuse.

laferriere.gifC’est quoi, ce book? C’est l’histoire de Paquin et Jérémy, le premier étant échoué en Hongrie et le second toujours à Montréal. C’est qui, ces types? Deux amis d’enfance maintenant dans la trentaine, éternels «B.S.» qui, par un obscur concours de circonstances (je ne vous le raconte pas : trop de critiques brûlent les histoires des livres de nos jours), finissent par vivre tous deux en Hongrie, avec la blonde de Paquin rencontrée dans un Eurowoodstock et dont les connaissances de la langue française (à défaut de celle de porc dans le vinaigre) sont, pour le moins, des plus humbles. À l’image, on se l’imagine, de la qualité de vie de ces trois lurons qui, vous le verrez en lisant le livre (NON!?!? je le crois pas, faut que j’le lise!?), ne va qu’en déclinant, jusqu’à ce que Jérémy parte pour Paris rencontrer sa Claudette, ce qui constitue une autre des intrigues irrestituables pour garder l’aspect délicieux du livre.

Qu’est-ce qui est si génial, dans ce roman? Hé bien, d’emblée, tous ces fameux gags, tsé là, ceux sur les années 80, la damnée génération X qui fait chier tout le monde, les coupes Longueuil, le bien-être social chronique et l’éternelle de vie de loser aux allures de bum? Alexandre Laferrière ne s’est pas contenté de les compulser dans le douteux humour populaire, car en vérité, il les a dompées dans le blender de son imagination et, en bout de ligne, on s’aperçoit que contrairement à 75% de la population avec les sujets susmentionnés, il arrive à être drôle. Dans un livre, en plus. Ouuuuuh. Vous êtes plogués, là, hein? J’en rajoute : ses personnages et les situations dépeintes sont tellement grotesques, louches et dégueulasses qu’on s’y attache tout de suite, comme si la fameuse génération qui a connu le déclin de la new-wave et la vogue des groupes métal classiques, après avoir engraissé et traîné dans la plus crasse des mardes (je me suis décarcassé pour cette image-là. Riez-la, ou craignez mon ire) son désespoir de vivre une vie somme toute poche, a fini par savoir se rendre sympathique à travers des lettres écrites un peu tout croches mais qui, compte tenu des personnages, sont criantes de vérité. Ma phrase était trop longue. Je sais.

Ainsi, c’est ce fameux roman délassant dont je vous parlais la semaine passée, mais jugez un peu du portrait général : du joual, des jokes faciles et éculées, des personnages complètement idiots… oui, c’est la recette du désastre, mais… torrieu, c’t'un maudit bon livre, ça! Bien honnêtement, Ta Mère le recommande vivement à tous les fans de romans simples, mais développés avec classe et une imagination qui se lâche lousse. À goûter pour son honnêteté, son style et son humour inattendus, et pour un apport en glucides des plus charmants.

Comme si ce n’était pas assez, je vous dis enfin ceci : je ne l’ai pas vu, mais un court métrage, qu’il a scénarisé et écrit pour le réalisateur Maxime Giroux est sorti l’an passé, et a pour titre Le Rouge du Sol. Aussi, son premier roman, Début et fin d’un espresso, paru en 2002, est parfaitement recommandable. Voire très bon.

Alors, faites vos devoirs, et mangez vos croûtes, ça vaut la peine. Ça fait grandir (attention : l’usage de Export ‘A’ vertes, jumelée à ces enrichissantes corvées, annule tous les effets de croissance, comme c’est bien connu), et ça fait sourire toute bonne maman. Qui se respecte, du moins.

Un autre billet de qualité signé Ta Mère.

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