Mouais, et comment, qu’elle est «non available», la Nelly, en ce moment… J’ai «reader’s digesté» L’Enfant dans le miroir, espèce de conte pour adultes illustré publié chez Marchand de Feuilles, et j’en arrive au constat suivant : même quand on peinture la face d’un détenu au fusil à colorier, ben torvisse, y reste un détenu en-dessous de la graisse de baleine de chez l’Oréal. Si on applique cette très esthétique grille à Nelly Arcan et son conte, on obtient à peu près ceci : malgré la transformation de l’objet livre auquel on est habitués (puisque le texte est souvent ouvragé, ou même carrément intégré aux dessins), les thèmes et les motifs récurrents dans l’oeuvre de la célèbre «Putain, ben c’est moi, et c’est pas moi, hihi… (s’ensuit un sexy tortillement d’elle-même sur sa chaise)» sont bien présents, voire trop.
Hééééé oui, Nelly Arcan a décidé de ne rien nous révéler de neuf dans son bouquin, et même si le chemin de l’autofiction commence à s’estomper, il n’en demeure pas moins qu’on connaît très bien la chanson de ses obsessions freudiennes. Quand j’ai lu «Souvent mon père disait de ma mère qu’elle était une chienne» et les passages relatifs à l’obsession de son paternel pour la fille du récit, à part peut-être émettre un petit «sss» de pitié mêlée de condescendance et de miettes de hot-dogs (j’ai de très champêtres habitudes de lecture), je n’ai rien fait d’autre. J’avais l’impression de regarder un enfant s’entêter à se péter la gueule après l’avoir averti vingt fois que son comportement est dangereux, et j’assistais à la scène, impuissant, comme toute bonne maman fatiguée de se décarcasser à sauver un rejeton trop têtu dans l’autodestruction. Franchement, Nelly, fallait-il vraiment mêler les enfants à la spéléologie de ton esprit rongé par l’inceste et les relations de famille aux penchants douteux? J’attends encore que le ciel me réponde, parce que le livre n’aboutit à rien d’autre qu’aux questions habituelles… et le style a beau être juste, on perçoit le même côté «pissed-off» inhérent aux écrivains de la génération X (en fait, je me demande si on va finir par s’en sortir, de cette mode des écrivains chialeux qui ne font que poser des questions moches et pseudo-métaphysiques s’en s’enquérir des réponses. Laissons ça à Saint-Augustin, bout de viarge!).
Par contre, à travers ce labyrinthe de freudiennes pulsions et de sexualité qui n’aboutit pas, j’ai remarqué LE truc qui valait la peine dans tout ce bouquin : les illustrations. À mon humble avis, Pascale Bourguignon a littéralement volé le «show», et le psychédélisme mi-naïf mi-torturé de ses dessins donnent au texte un aspect différent, comme s’il ne s’agissait pas simplement d’une enfant, mais d’une petite fille perturbée et innocente lancée dans un monde, disons-le, de marde. Voilà donc l’intérêt de ce livre : à travers ses illustrations, il contient une lecture du texte en même temps que le texte lui-même, ce qui rend l’ensemble pas mal plus agréable et donne un caractère bien campé à la voix narrative.
Amusez-vous bien, et je vous laisse sur un extrait qui prouve très bien que dans l’univers féminin de Nelly Arcan, où la femme devient jouet sexuel volontaire à la merci d’hommes eux-mêmes jouets sexuels, rien ne se perd, rien ne se crée, mais la conservation s’est permis une bonne dose de créatine qui lui permet de prendre le plancher au complet : «Aujourd’hui j’ai vingt ans et je suis devenue esthéticienne, je suis aussi la maîtresse d’un homme. […] Aujourd’hui ma vie consiste à coucher avec un homme, elle consiste aussi à nettoyer la peau, à enlever la boue et la merde du visage des femmes».
On repassera pour du neuf. Bye-bye les enfants, je m’en vais lire Alice au pays des merveilles et La Philosophie dans le boudoir en même temps (puisque, de toute façon, Sade, comme chacun sait, ça ne se lit que d’une seule main), question de me replacer.
Un autre billet de qualité signé Ta Mère.
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