Le Marais, chronique parisienne : sous le Pavé, la page
2 06 2007
Un dessinateur des rues, c’est quelqu’un qui s’arrête, qui se pose, qui prend son temps. Peu de gens font ça dans Paris ? Qui s’arrête ? Les vieux pour reprendre leur souffle. Les clochards qui n’ont nulle part où aller. Du coup, on parle avec les vieux et les clochards.(…) Le dessinateur des rues tient beaucoup du vieux. Il vit courbé. Il regarde avidement. Il s’intéresse à des menus faits. Il consigne tout. Il mesure son geste. Il « prend l’air », comme on dit, chouette expression. Et surtout, il s’arrête.
Je viens de terminer le Pavé de Paris, du bédéiste Emmanuel Guibert. C’est bien la première fois qu’un pavé me reste autant de temps dans les mains et dans les yeux. La persistance rétinienne, c’est génial pour ça. Oh, ce n’est pas qu’il soit révolutionnaire, situationniste ou crypto-marxiste, Emmanuel Guibert. Mais justement, ses yeux se posent simplement sur les choses, les gens, les instants et presque les odeurs. Les petites électricités et les grosses maussaderies des boulevards et des recoins de Paris.
Le Pavé porte bien son nom : il est bien lourd, bien carré, quelques centaines de pages ramassées qui se tournent très vite. On y trouve des desseins, au crayon, à l’encre de chine, des peintures, des lavis, des visages fatigués, des silhouettes ondulées, des trottoirs sales, des pièces vides à travers des fenêtres béantes, des petits vieux, des grands jeunes et un pigeon mort. Et au milieu, des textes sans prétention (ou si peu), de courtes descriptions pas chiantes, des anecdotes comme ramassées par terre. On ne sait plus trop si on lit, si on regarde, si on feuillette, si on mate, si finalement on n’est pas en train de battre le pavé sans but.
Rien de folklorique, de faussement contemplatif, de profondément socio-politique. Juste quelques images et quelques mots comme il faut là où il faut. Si le Pavé est un peu rebelle, c’est peut-être parce qu’il lance un gros MERDE aux cartes postales. Et qu’il fracasse les vitrines scintillantes du Paris de paillettes.
Interlude sans transition. Enfin si, la transition est toute trouvée : Paris. Vous savez que j’aime bien boucler les boucles. Alors écoutez moi Rwan, chanteur génialissime de Java, groupe de rap-musette ( c’est pas moi qui le dis, c’est les critiques), et récent fondateur du projet Radio Cortex. Chanteur vraiment parisien, s’il en est…En tout cas, chanteur qui connaît sur le bout de la langue la carte complète du métro de Paname. Jamais vu un tel débit et un tel orgasme de calembours…Rwan a le jeu de mots qui lui sort du larynx, et pi moi je m’en barbouille les tympans. Voilà donc une petite version a capella de Metro.
Et pis si vous souhaitez continuer le petit voyage, les clips de Java sont tordants, surtout Dieu version les Simpsons, et Le Coq et la Caille, métaphore jouissive sur les tensions de basse-cour en banlieue…
Bonne marche, bon slam.
Un autre billet de qualité signé Marais Nostrum.







Mille excuses Swompeurs mios, j’ai oublié de vous donner l’adresse myspace de Java pour aller déguster leurs clips : www.myspace.com/javathefrenchband
Et pi si ça vous chatouillait les extrémités de voir de vos propres mirettes le Pavé de Paris, la 1e de couv’ se trouve ici http://www4.fnac.com/Shelf/article.aspx?PRID=1935464&OrderInSession=1&Mn=2&SID=142b9e61-d0f7-9eed-4f2e-0994a6e45618&TTL=040620071031&Origin=fnac_google_home&Ra=-1&To=0&Nu=1&UID=04AFFABCE-A500-8088-D63B-F02B170D0C3B&Fr=0
Vous avez même droit à un petit feuilletage d’images, images que j’avais auparavant cherché désespérement sur le net…