
Ne reculant devant rien pour la promotion de la culture mourialaise, r’velà-tu pas Ta Mère qui se pointe avec un beau gros CD sous le bras et, chose étonnante, il y a un cheval noir sur fond brunâtre avec des flammes… Bien entendu, ç’aurait pu, vu ses goûts éclectiques et étonnants (dont vous ne voyez qu’une fraction dans la Swompe, sa collection n’étant pas très résistante à l’humidité ambiante), être un band de country néo-gothique aux accents équestres prononcés, mais il n’en est rien. En fait, je cause ici des Besnard Lakes, dont le leader originaire de Saskatchewan (oui, la musique est une chose qui a atteint les Prairies… à quand le câble et Internet!?) a choisi, apparemment, le nom d’un lieu reculé de ladite province pour donner à la musique ambiante et vaguement psychédélique de son groupe un patronyme qui se respecte. Et, bien sûr, ils sont basés à Montréal, comme tant de bands répondant à l’étiquette «indie rock» (trouvez ce que ça veut dire d’autre que «indépendant», et je vous donne un t-shirt de la Swompe) semblent se plaire à faire ces temps-ci.
Ainsi, The Besnard Lakes Are the Dark Horse est, depuis février (toujours ce damné retard, fallait que je nourrisse mes petits), bien installé dans les bacs des disquaires, côtoyant leurs bons amis montréalais Islands, Wolf Parade, The Handsome Furs et Arcade Fire. En fait, on peut difficilement comparer les Besnard Lakes à ceux que j’ai mentionnés, car leur musique se rapproche davantage des Super Furry Animals (avec qui la ressemblance est frappante dès la première chanson, «Disaster», à cause des voix et de l’aspect «smooth» qui s’en dégage) et de Black Mountain, mais sans la démesure et le psychédélisme assumé. Le plus amusant, c’est que ce qui peut parfois manquer aux Super Furry Animals est la même chose qui manque à l’album des Besnard Lakes : à vouloir trop installer un style et un son en particulier, le long-jeu (qui demeure une savoureuse expression du temps de nos parents) finit par en souffrir, comme si ce qui était offert à notre oreille était uniforme et linéaire sans pour autant être de mauvaise qualité.
Pour être honnête, la formule est efficace : guitares avec trémolo hyperpuissant, piano langoureux et un «reverb» qui frise le wall of sound de Phil Spector (mais sans les poursuites judiciaires pour meurtre), c’est classique, certes, mais c’est dans l’exploitation que tout se joue. Sur ce plan, The Besnard Lakes Are the Dark Horse s’en tire à bon compte, et on peut s’en rendre compte tout particulièrement sur «Disaster», «Devastation» et «Ride the Rails», sauf qu’en bout de ligne, on se sent comme à un pique-nique sans les classiques sandwich : tout est bon, mais il manque le gros plat de résistance qui rend la journée réjouissante : on semonce maman quelques instants, puis on passe à autre chose. Quand l’album s’achève, on s’aperçoit que le son du groupe est très puissant et bien campé, mais il y manque un petit quelque chose qui viendrait relever le son, comme s’ils avaient tenu à sonner très mesuré et précis sans laisser place à une spontanéité qui, je crois, leur aurait été salutaire. Après tout, quand on parle de rock psychédélique, qu’il soit indie ou pas, ça suppose un peu d’exagération, de la démesure et de l’expérimentation sans fin, mais ça n’est tout simplement pas arrivé sur cet album. Là encore, pour donner un exemple de ce que j’entends par là (je suis si scolaire), je vous réfère à Black Mountain, qui a réussi un coup de maître avec leur album éponyme et leur EP Druganaut, qui contient la fabuleuse «Buffalo Swan». Comparez, et vous verrez.
Par contre, je prends la peine de vous convier à aller les découvrir en concert (suivez-moi, je vais vous y emmener avec une petite corde jaune que tout le monde tient dans sa main pour ne pas se perdre, et je jouerai le professeur mère-poule qui couve ses élèves en classe-neige par crainte d’accusations de négligence) le 5 juillet au Metropolis. Selon moi, leur son doit être beaucoup plus convaincant en spectacle, et s’ils donnent à leurs chansons tout l’espace dont elles ont besoin sur scène, mon petit doigt au vernis grenat me dit qu’il pourrait bien s’agir d’un concert des plus planants, efficaces et envoûtants. À suivre, et je leur souhaite bonne chance.
Bonne semaine, amis lecteurs, et rappelez-vous que je vous offre mon amour illimité. M’en vais sortir mon pâté chinois du four, les p’tits ont faim.
the-besnard-lakes-disaster.mp3
Un autre billet de qualité signé Ta Mère.
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