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Du malaise posthume

sept10
2011
3 Commentaires Par Éric Samson

Les oeuvres posthumes sont toujours un peu malaisantes.

Comme ça.

Que ce soit des greatest hits de bands qui sont dissous (ou dont un des membres est mort) ou des manuscrits incomplets d’auteurs qui ont passé la plume à gauche, il y a toujours l’ombre du mercantilisme, cette odeur suspecte du label/gérant/agent/éditeur qui veut faire une tite piastre sur un artiste qui l’a laissé trop tôt, alors qu’il lui restait encore quatre ou cinq blockbusters au contrat.

Quand on sait par exemple tout le travail d’édition qu’il peut y avoir derrière un roman de David Foster Wallace, lorsqu’on publie Pale King en tant qu’oeuvre inachevée… c’est difficile.

Car d’un côté, les fans en demandent toujours plus, et s’ils apprennent qu’une infime parcelle d’oeuvre de leur auteur favori reste dans les voûtes d’un éditeur, ils vont descendre sur celui-ci avec des torches et des fourches en exigeant une publication rapide et complète. De l’autre, il y a évidemment la figure de l’éditeur véreux qui veut presser le citron jusqu’à ce qu’il ne reste plus que quelques pépins. Ah, et si on faisait de l’huile avec?

Rendre hommage à un défunt peut aussi être difficile: nombreux sont ceux qui ont accueilli l’Oscar posthume rendu à Heath Ledger pour son (génial) Joker dans Dark Knight comme un exemple de prix-pitié, que Ledger n’aurait jamais gagné de son vivant pour un tel rôle. Connaissant les goûts de l’Académie pour les films de super-héros, l’objection est certes valide.

C’est un peu pour ça que j’accueillais avec méfiance le lancement d’un site web sur Nelly Arcan, près de deux ans après son suicide.

J’avais peur qu’on ne fasse que presser le citron. Ou qu’on rende un hommage guimauveux à une auteure que l’on aurait eu trop tendance à considérer comme une vulgaire putain folle de son vivant.

Mais avec des textes inédits comme La Honte (à lire, très fort) offerts gratuitement en pdf, avec des résumés fort étoffés de ses romans (longues citations à l’appui), avec des analyses qui frôlent l’exégèse, on voit bien qu’il s’agit ici d’un véritable site qui rend un hommage à la fois senti et réfléchi à Nelly Arcan (et où on ne voit même pas poindre l’ombre d’un bouton Paypal).

Pas de mercantilisme, pas même nulle part la vague odeur d’un citron.

Un site comme on rêverait qu’il en aie pour tous les auteurs, vivants ou non.

 

Un autre billet de qualité signé Éric Samson.
Classé dans littérature - Libellé David Foster Wallace, internet, lien, littérature, Livres, troublant

Le livre comme tel

avr23
2011
Laisser un commentaire Par Éric Samson

Aujourd’hui, l’UNESCO nous invite à célébrer la « journée mondiale du livre et du droit d’auteur ». Le sombre idiot qui a eu l’idée de fêter en même temps un objet d’art et un concept économique désuet devrait être fusillé, sans attendre.

Le copyright est agonisant, et c’est une bonne chose. Je ne reprendrai pas ici le débat sur le piratage, je l’ai déjà fait ailleurs, de toute manière, et si quelqu’un me sort encore « comment les artistes vont faire pour vivre s’ils ne sont pas payés pour leur contenu » et « le piratage c’est du vol », je pense que je me défenestre. Allez lire ce qu’en dit Francis Ford Coppola, mais de grâce ne portez pas attention à l’analyse idiote de l’auteure de l’article, qui commet encore une fois les mêmes erreurs élémentaires de ne pas faire la différence entre « faire payer le consommateur » et « faire vivre les artistes ».

Excusez si je me choque, mais j’en ai marre.

Quand les studios de cinéma se sont rendus compte que les gens pouvaient de plus en plus facilement reproduire l’expérience « aller voir un film » chez eux, gratuitement, il y en a qui ont paniqué et qui se sont mis à poursuivre les gens qui téléchargeaient des films sur BitTorrent, et il y en a d’autres qui ont décidé de rendre l’expérience irreproductible. Ça nous a donné une trâllée de films en 3D, par exemple, dont quelques uns valaient la peine (et d’autres, non.) Pour voir un film en 3D, il fallait obligatoirement aller au cinéma: aucun moyen de faire ça à la maison. Au lieu de tordre le bras et de dire « méchant téléchargeur », on a trouvé un moyen d’ajouter de la valeur au cinéma, et les gens ont répondu en masse.

En musique, c’est à peu près la même chose; certains ont compris qu’il vallait mieux donner sa musique enregistrée, pour attirer des gens aux concerts (une expérience irreproductible, donc incopiable et impossible à pirater, à moins de falsifier des billets de show).

La littérature, malheureusement, peine à se trouver une déclinaison unique et distinctive; ce n’est pas un art performatif (sauf dans le cas des conteurs ou du théâtre, mais on sait déjà que les seuls gens qui achètent des textes de théâtre sont les étudiants et les dramaturges, à peu d’exceptions), il est donc difficile de justifier « donner le contenu » pour vendre autre chose.

L’arrivée des livres électroniques pose donc un nouveau problème; il est difficile de reproduire un livre « classique » au complet: numériser chacune des pages, bla bla, ça n’avance personne. Et photocopier un livre, ça va finir par coûter plus cher que l’acheter.

Mais un livre numérique, ça, c’est pas mal moins ardu.

Les grandes maisons d’édition ont compris ça tout de travers: par exemple, lorsque l’on tente « d’emprunter » un ebook à la BAnQ, il se peut que le PDF ait déjà été emprunté par quelqu’un, auquel cas on devra attendre qu’il ait fini de le lire. C’est évidemment d’un ridicule profond: alors que justement la numérisation des oeuvres permet d’en effectuer des copies infinies à un coût tellement minime qu’on peut le considérer comme inexistant, on simule la seule caractéristique désagréable d’un livre-papier (quand tu le prêtes, tu ne l’as plus à toi) en faisant semblant qu’on n’a qu’un seul PDF et qu’une fois qu’il est « emprunté », il n’est plus disponible. On crée artificiellement de la rareté, on cadenasse le contenu, on prive le lecteur potentiel, sans justification aucune. Fin de la parenthèse.

Quoi faire, donc, devant cette apparente brèche dans le système de l’industrie éditoriale? Admettre la défaite?

Non. Simplement, réaliser qu’il y a de la valeur dans l’objet-livre. Intrinsèquement.

C’est un peu ce que font les Éditions du Seuil, avec leur campagne pour promouvoir leurs nouveaux livres de poche.

Vous voyez comment, derrière une simple parodie des pubs de iPad, se cache une mise en valeur du livre en soi, du livre comme objet qui n’a pas besoin d’upgrade, qui remplit mieux sa mission qu’un quelconque autre bidule.

Le codex comme irremplaçable.

Et drêt là, quand les éditeurs croient avoir déjà trouvé une solution… c’est alors qu’interviennent les auteurs.

Parce que c’est bien beau, tout ça, cette belle idée éditoriale de mettre en vedette le livre imprimé et relié comme étant imperfectible et donc irremplaçable, mais il reste que le créateur va toujours chercher à jouer avec son shit pour rendre les choses un peu plus compliquées et donner de la job aux gens comme moi qui ont étudié spécifiquement pour être capables de les comprendre et de replacer leurs lubies créatrices dans un espèce de grand schéma fondateur de quelque chose.

Le premier véritable exemple que j’ai eu d’un livre qui se considérait lui-même comme livre et qui agissait en conséquence, c’est House of Leaves de Mark Z Danielewsky. Si vous vous ramassez dans une librairie anglophone quelconque, les chances sont bonnes que vous tombiez sur House. C’est un peu devenu un roman-culte.

Voilà un livre qui assume pleinement sa forme, qui crée par sa propre lecture une angoisse profonde chez le lecteur, le caractère ergodique faisant de la lecture elle-même une opération créatrice.

Je vous insère ici, gracieuseté de Greg Hickman sur Flickr, quelques images qui vous donneront une idée de l’expérience que peut être la lecture de House of Leaves.

Close-up of Detail of House of Leaveset

Pages 140-141 of House of Leaves
et
Pages 204-205 of House of Leaves
et
Pages 432-433 of House of Leaves
et encore
Pages 464-465 of House of Leaves

Un autre livre-roman qui m’a foutu la peur du saint feu de Dieu, c’est Tree of Codes de Jonathan Safran Foer. J’imagine que la proximité des titres entre Tree of Codes et House of Leaves n’est pas fortuite.

Foer a décidé de prendre son livre préféré, Crocodile Streets de Bruno Schulz, un recueil de nouvelles hongrois plutôt obscur, et a écrit son histoire à l’intérieur même de ce livre.

Comment on fait pour écrire une histoire dans un autre livre? C’est simple: on coupe les bouts qui ne nous intéressent pas.

Le résultat est saisissant.

La première vision qu'on a de Tree of Codes

La première vision qu'on a de Tree of Codes

Eh oui.

Il a découpé dans son livre favori, pour enlever tout ce qui ne faisait pas partie de son histoire.

Vue de près

Vue de près

Il a découpé. Chaque page. Pour ne garder que ce qui faisait, d’un recueil de plusieurs nouveles disparates, une histoire simple, concrète, directe: le récit de la dernière journée d’une vie.

Une vie pleine de trous, une vie comme toutes les nôtres: avec des longs pans où il ne se passe rien. Sauf que chez Foer, là, ben… on le voit. Le texte a plus que des blancs: il a des trous, littéralement.

Les trous

Les trous

Voici un livre qui n’est rien sans papier, qui n’est rien de plus qu’une nouvelle overpriced de moins de 50 pages, si on la transcrit sur iPad.

Voici quelque chose qui justifie l’imprimé.

Voici, peut-être, quelque chose comme un des avenirs du livre.

Et ça, y’a pas besoin de droit d’auteur pour le « protéger » .

 

Un autre billet de qualité signé Éric Samson.
Classé dans littérature - Libellé éditorial, choqué, culture, fuck you, internet, littérature, Livres, méta, on veut ton bien, Tragédie

Jazz mon bus (Le transport en commun c’est mieux pour l’environnement)

déc21
2010
Laisser un commentaire Par Éric Samson

On n’est pas des grands fans de jazz à La Swompe (on laisse ça à l’émission juste avant nous). Par contre, on a un faible pour Lunice, qui est clairement le DJ de crunk officiel de ma vie.

Lunice

On l'aime tant.

Alors je suis resté bête un peu quand j’ai vu que sa dernière collaboration avec les rappers The Jealous Guys s’appelait Bus Stop Jazz.

Je l’ai quand même downloadée, parce qu’un mp3 gratis écrit Lunice dessus, on passe pas à côté de ça.

Turns out que la toune est FOLLE. Jazzy et folle. Si vous cherchiez un moyen d’intégrer du Lunice dans votre playlist de souper de Noël en famille, voilà une chose de réglée.

Et vu que la fin décembre c’est la saison du partage, mes jolies, je vous gâte.

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Lunice & The Jealous Guys – Bus Stop Jazz

Un autre billet de qualité signé Éric Samson.
Classé dans La Swompe - Libellé mp3, musique, musique que t'aime, on veut ton bien, plaisir, Samson

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