Les oeuvres posthumes sont toujours un peu malaisantes.
Comme ça.
Que ce soit des greatest hits de bands qui sont dissous (ou dont un des membres est mort) ou des manuscrits incomplets d’auteurs qui ont passé la plume à gauche, il y a toujours l’ombre du mercantilisme, cette odeur suspecte du label/gérant/agent/éditeur qui veut faire une tite piastre sur un artiste qui l’a laissé trop tôt, alors qu’il lui restait encore quatre ou cinq blockbusters au contrat.
Quand on sait par exemple tout le travail d’édition qu’il peut y avoir derrière un roman de David Foster Wallace, lorsqu’on publie Pale King en tant qu’oeuvre inachevée… c’est difficile.
Car d’un côté, les fans en demandent toujours plus, et s’ils apprennent qu’une infime parcelle d’oeuvre de leur auteur favori reste dans les voûtes d’un éditeur, ils vont descendre sur celui-ci avec des torches et des fourches en exigeant une publication rapide et complète. De l’autre, il y a évidemment la figure de l’éditeur véreux qui veut presser le citron jusqu’à ce qu’il ne reste plus que quelques pépins. Ah, et si on faisait de l’huile avec?
Rendre hommage à un défunt peut aussi être difficile: nombreux sont ceux qui ont accueilli l’Oscar posthume rendu à Heath Ledger pour son (génial) Joker dans Dark Knight comme un exemple de prix-pitié, que Ledger n’aurait jamais gagné de son vivant pour un tel rôle. Connaissant les goûts de l’Académie pour les films de super-héros, l’objection est certes valide.
C’est un peu pour ça que j’accueillais avec méfiance le lancement d’un site web sur Nelly Arcan, près de deux ans après son suicide.
J’avais peur qu’on ne fasse que presser le citron. Ou qu’on rende un hommage guimauveux à une auteure que l’on aurait eu trop tendance à considérer comme une vulgaire putain folle de son vivant.
Mais avec des textes inédits comme La Honte (à lire, très fort) offerts gratuitement en pdf, avec des résumés fort étoffés de ses romans (longues citations à l’appui), avec des analyses qui frôlent l’exégèse, on voit bien qu’il s’agit ici d’un véritable site qui rend un hommage à la fois senti et réfléchi à Nelly Arcan (et où on ne voit même pas poindre l’ombre d’un bouton Paypal).
Pas de mercantilisme, pas même nulle part la vague odeur d’un citron.
Un site comme on rêverait qu’il en aie pour tous les auteurs, vivants ou non.
Un autre billet de qualité signé Éric Samson.









