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Billets libellés journalisme

Une fois pour toutes: L’épopée Sheen

mar06
2011
7 Commentaires Par Éric Samson

Ça fait une bonne dizaine de fois que je me fais demander ce qui se passe avec Charlie Sheen.

C’est un peu surprenant, en effet, pour quelqu’un qui n’est pas au courant, de voir que tout d’un coup Sheen a perdu sa job et fait des entrevues débiles à la télé où il parle de « Vatican Assassin Warlocks ».

Dans des cas comme ça, j’essaie de trouver un site où on recoupe toutes les infos et on les présente en format timeline ou autre. Mais voilà, dans ce cas-ci, rien. C’est vraiment surprenant, mais il n’y a aucun endroit où on retrouve toutes les informations sur le sujet.

La Swompe vole donc à la rescousse. Voici:

What The Fuck Happened to Charlie Sheen.

Pas (trop) de jugement, pas d’éditorial, pas de réflexion; juste l’historique, au mieux de mes recherches des 48 dernières heures, du breakdown le plus médiatisé depuis longtemps.

On va commencer le retour dans le temps en 2010, parce que sinon ça va vraiment prendre mille ans à tout raconter.

Février 2010: Charlie entre en désintox (cocaïne, crack, alcool). La série à succès Two and a half men est compromise. Charlie en est l’acteur principal, il gagne entre 1 et 1,5 millions par épisode (la série fait vingt-quelques épisodes par année, faites le calcul). Son entrée en cure de désintox est volontaire, mais pas innocente: il venait de se faire officiellement accuser de voies de faits sur sa femme, Brooke Mueller, incident qui se serait produit le jour de Noël 2009.

Mai 2010: Sorti de cure, Sheen signe un contrat pour les deux prochaines années de Men, faisant de lui l’acteur le mieux payé de l’histoire de la télévision avec un cachet de que différentes sources situent entre 1,25M$ et 1,8M$ par épisode.

Août 2010: Sheen plaide coupable. Il doit passer 30 jours en désintox. La saison 8 de Men peut se remettre en branle.

Octobre 2010: Sheen part en vacances à New York avec sa famille (sa femme et ses deux jumeaux). Étrangement, il passe une veillée avec des porn stars et se fait arrêter pour « avoir troublé la paix », après avoir causé pour $7000 de dommages dans sa chambre d’hôtel. Apparemment qu’il avait perdu une montre. En tous cas, une des pornstars a eu assez peur qu’elle s’est embarrée dans la salle de bains. Charlie se ramasse à l’hôpital, accompagné par son ex-femme, Denise Richards, qui se trouvait au même hôtel. Par hasard, paraît-il.

Novembre 2010: Une des madames qui était dans la chambre d’hôtel avec Sheen au Plaza Hotel le poursuit pour avoir tenté de l’étrangler. Charlie déclare que ce n’est qu’une tentative d’extortion. Il en profite pour demander le divorce.

Décembre 2010: Selon Radar-Online, Charlie a passé Noël à l’hôtel, à faire la fête avec cinq prostituées et beaucoup d’alcool et de drogues, plutôt que d’aller à la fête de famille organisée par son frère, Emilio Estévez. Gordon Bombay n’était pas content.

(Note: Oui, Emilio est vraiment le frère de Charlie, dont le nom de naissance est Carlos Irwin Estévez. Charlie a plutôt décidé de suivre les traces de son père, Martin Sheen, dont le nom de naissance était Ramón Gerardo Antonio Estévez.)

15 janvier 2011: Sheen passe à ça de manquer le début de sa journée de tournage (il dit « répétitions ») pour Men. Il a passé le weekend à Vegas (dans ce que TMZ qualifie de « brosse épique ») avec Bree Olson, Michelle « Bombshell » McGee et Lindsay Sinai. (À noter: on peut facilement voir la gradation du fame: une a sa page Wiki, l’autre juste a son site perso et un myspace, et la troisième n’a que son Twitter.) Finalement, il arrive à l’heure, mais les bosses de CBS sont quand même fâchés.

27 janvier 2011: Après avoir passé les deux derniers jours à fêter, Sheen est admis à l’hôpital d’urgence, vers 7h du matin, pour des douleurs abdominales sévères. Selon un ami, il riait trop fort de ce qui se passait à la télé. On présume qu’il ne regardait pas Two and a half men.

28 janvier 2011: Charlie décide de commencer une cure de désintox par lui-même, à la maison. C’est une excellente idée, évidemment. CBS annonce du même souffle que la production de Men est suspendue.

13 février 2011: Sheen essaie de retourner sur le plateau de Men mais personne ne le laisse entrer. Il est mécontent. Le 14 février, il appelle dans une émission de talk-radio pour s’expliquer et décrier le comportement du producteur-créateur de Men, Chuck Lorre. Il en profite pour donner ce conseil à tout le monde:

« Stay away from crack, unless you can manage it socially. »

Non mais, là on jase.

20 février 2011: L’ex-épouse de Charlie revient vivre avec lui, dans sa maison de LA. Notons que Sheen habite déjà avec Bree Olson, qui a laissé tomber l’industrie du porno et est donc revenue à son nom de naissance, Rachel Oberlin.

21 février 2011: Sheen est de retour au travail. Il en profite pour montrer au monde qu’il a une nouvelle blonde, sans préciser son identité. On saura plus tard qu’il s’agit de Natalie Kenly.

Mesdames et messieurs, c’est ici que ça part définitivement en couille, pour vrai.

23 février 2011: Sheen part en avion avec ses deux madames (Rachel et Natalie) pour des « vacances d’adulte » sur une île privée dans les Caraïbes. Brooke ne suit pas, tout le monde se demande évidemment pourquoi.

24 février 2011: Charlie appelle à l’émission de Alex Jones, un genre de Gilles Proulx right-wing ascendant théories-du-complot. L’entrevue dure 50 minutes. Vu que c’est quasiment impossible de trouver l’intégrale de l’entrevue, on l’a mise ici.

Partie 1:

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Partie 2:

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Les citations abondent. Voici les plus notoires.

Il commence par déclarer qu’il est 100% clean.

Here’s your first pee test, next one goes in your mouth.

Jones lui demande ce qui se passe avec ses femmes.

The goddesses? I don’t believe the term is good enough, but if you’re bound by these terrestrial descriptions, you must use the best choice available. If you think about it, I’m 0 for 3 in marriage, not an excuse, but like in baseball, the scoreboard doesn’t lie. So what we all have is a marriage of the hearts.

Il dit ensuite qu’il ne voudrait pas salir, contaminer et compromettre cet amour avec un vulgaire contrat. Brooke ne l’a pas suivi. C’est alors qu’il lance pour la première fois ce qui deviendra le mot-clé de toute cette histoire:

Goodbye Brooke, good luck in your travels, you’re going to need it. Badly. She’s not there now, and, and, we are, and I don’t know… WINNING, anyone? Rhymes with winning, anyone, yeah that would be us. Sorry man, didn’t make the rules. Oops.

Ensuite, il déclare qu’il est « des baïonnettes testées en combat ».

I am so tired of pretending like my life isn’t perfect and bitchin’ and just WINNING every second, and I’m not perfect and bitchin’. Look what I’m dealing with, man, I’m dealing with fools and trolls. I’m strafing runs in my underwear before my first cup of coffee, because I don’t have time for these clowns. They lay down with their ugly wives in front of their ugly children and just look at their loser lives and then they look at me and they’re like « I can’t process it » well NO, and you never will, stop trying. Just sit back and enjoy the show.

Il parle ensuite de ses patrons, en les appelant des « merdes » et des « homoncules ».

There’s something this side of deplorable that a certain Chaim Levine – yeah, that’s Chuck’s [Lorre] real name – mistook this rock star for his own selfish exit strategy, bro. Check it, Alex: I embarrassed him in front of his children and the world by healing at a pace that his unevolved mind cannot process. Last I checked, Chaim, I spent close to the last decade effortlessly and magically converting your tin cans into pure gold.

Sur sa situation actuelle:

I got magic, I got poetry at my fingertips. Most of the time, and this includes naps, I’m an F-18, bro, I will destroy you in the air and I will deploy my ordnance to the ground.

There’s my life, deal with it. Oh wait, can’t handle it. Losers. WINNING. Buh-bye.

Ensuite, Sheen et Jones parlent un peu d’une de leurs inside-jokes où ils disent faire partie d’une confrérie de  »Vatican Assassins » au service du pape; Charlie dit qu’ils sont en fait des Vatican Assassin Warlocks, du plus haut niveau. Hum.

Ils passent ensuite une dizaine de minutes à parler de Apocalypse Now, apparemment le film préféré de Charlie Sheen. Aucune mention des daddy issues que représente le fait que monsieur le papa de Charlie tienne la vedette dans le film.

My motto now is: you either love or you hate, and you must do so violently. I don’t live in the middle anymore. That’s where you get slaughtered, that’s where you get embarassed in front of the prom queen. If you love with violence and you hate with violence, there’s nothing that can be questioned.

Sur la notion de « laisser aller sa colère ».

They say « let go of your resentments ». No. I’m going to hang on to them, and they’re gonna fuel my attack, and they’re gonna fuel the battle cry of my deadly and secret and silent soldiers, because they’re all around you. Thought you were just messing with one dude? Sorry. WINNING.

Ensuite, il parle de son rejet complet des AA.

I closed my eyes and in a nanosecond, I cured myself. The only thing I’m addicted to right now is WINNING. This bootleg cult arrogantly referred to as Alcoholics Anonymous sports a 5% success rate. My success rate is 100%. Do the math!

Alex lui dit qu’il sonne comme Thomas Jefferson. Tsé, l’auteur principal de la déclaration d’indépendance des É-U.

I’m not Thomas Jefferson: he was a pussy! I have a disease? Bullshit, I cured it with my brain, with my mind. I’m cured, I’m done.

Bref. Ça, c’est juste la première partie. Il continue à parler de combien ça lui fait du bien d’avoir quitté les AA après 22 ans un peu, mais c’est surtout n’importe quoi. Il mentionne quand même qu’il a du tiger blood. Ça reviendra plus tard.

25 février 2011: CBS annonce officiellement l’annulation du reste de la saison de Men. Sheen est donc sans emploi. À la surprise générale, évidemment.

26 février 2011: 5h30 du matin, l’équipe de 20/20 (sur ABC) rencontre Sheen, chez lui. L’entrevue sera diffusée mardi soir. L’équipe de tournage lui a proposé de passer un test de dépistage de drogues; il en a passé deux (urine et sang), et les deux se sont révélés négatifs. C’est là que tout le monde a vraiment été surpris. D’autres extraits de l’entrevue, sur Good Morning America. Si vous voulez les citations excellentes, c’est par là.

You’d borrow my brain for like five seconds, and you’d be like « Dude, can’t handle it, unplug this bastard » because it fires in a way that is not from this particular terrestrial realm.

What does [bi-polar] mean? I’m bi-WINNING, I win here and I win there!

Quand Andrea Canning lui demande la dernière fois où il a consommé de la drogue, il répond ne pas s’en souvenir, mais il y a environ un mois, un mois et demi.

The last time I took drugs, I probably took more than anybody could survive; I was banging 7-gram rocks, and finishing them, because that’s how I roll, I have one speed, I have one gear: GO!

Comment a-t-il survécu?

Because I’m me, I’m different, I’ve got a different brain, I got a different heart, I got tiger blood.

Avait-il peur de mourir?

Dying’s for fools.

Aussi:

 

Bref. Le reportage complet est par ici, mais l’extrait de GMA vous donner une idée.

28 février 2011: Sheen, en entrevue au Today Show à NBC, demande une augmentation de salaire de 50% à CBS, disant que tant qu’il sera sous la barre des 3 millions de dollars par épisode de Men, il se considérera sous-payé. Il se rétracte quelques jours plus tard. Il déclare aussi qu’il considère ses deux « déesses » comme d’excellentes mères-substitut pour ses deux jumeaux d’environ 2 ans qu’il a eus avec son ex-épouse, Brooke Mueller. Entre temps, le publiciste de Charlie démissionne.

1er mars 2011 15h43: Charlie Sheen débarque sur Twitter. Son premier tweet:

Winning..!Choose your Vice...#winning#chooseyourvicehttp://twitpic.com/455ly9
1 March, 2011 6:43 pm via TwittelatorReplyRetweetFavorite
@charliesheen
Charlie Sheen

 

1er mars 2011 19h: Mueller obtient un restraining order, empêchant Sheen d’entrer en contact avec elle et leurs jumeaux. La police vient donc chercher les enfants chez Sheen. Charlie semble plus triste que fâché.

1er mars 2011 22h. Diffusion du reportage de 20/20.

2 mars 2011: Charlie Sheen obtient 1 million de followers sur Twitter, 25h17 seulement après s’être inscrit. Record absolu. #WINNING et #tigerblood sont dans les trending topics mondiaux.

La folie s’accentue.

 

3 mars 2011: Sheen annonce via Twitter qu’il s’est entendu verbalement avec Brooke et qu’ils n’iront pas en cour.

4 mars 2011: P Diddy invente le drink Charlie Sheen.

I'm at the bar ordering a "Charlie Sheen"...Ciroc straight w/ a Coke chaser. RT to the world ppl! #WINNING! Lol.
5 March, 2011 3:54 am via ÜberSocialReplyRetweetFavorite
@iamdiddy
iamdiddy

 

En entrevue à la radio de Philadelphie, Sheen déclare, en parlant de ses perspectives d’emploi:

It feels like the hot springs of Middle Earth is finally ready to explode outward.

Apparemment, c’est bon signe.

5 mars 2011 0h20: Sheen annonce que Bree a quitté sa maison, rebaptisée Sober Valley Lodge, et qu’il accepte les nouvelles applications. Huit heures plus tard, elle est de retour.

Update: Sober Valley Lodge;Rachel has left the building..., We're sad.... Over it...Applications now being accepted!#winner
5 March, 2011 3:11 am via TwittelatorReplyRetweetFavorite
@charliesheen
Charlie Sheen

 

5 mars 2011 22h: Sheen lance une « émission » sur Ustream, Sheen’s Korner, dont le slogan est « You’re either in Sheen’s Korner, or you’re with the trolls. » En gros, c’est Charlie Sheen, son producteur, un dude qui met des bruits de pets et une de ses goddesses, qui parlent pendant à peu près une heure. 90 000 personnes étaient au rendez-vous, en direct. Sheen en a profité pour dévoiler son tatouage WINNING! sur le poignet gauche. Moins de trente minutes après la fin du show, Saturday Night Live ouvrait avec une parodie du stream en question. Ça, c’est rapide.

6 mars 2011 20h: #tigerblood est encore dans les 10 mots-clés les plus populaires sur Twitter, au monde.

7 mars 2011 17h: Warner Bros, les producteurs de Men, annoncent qu’ils mettent officiellement fin au contrat les liant avec Charlie Sheen. TMZ obtient cette citation du principal intéressé:

This is very good news. They continue to be in breach, like so many whales. It is a big day of gladness at the Sober Valley Lodge because now I can take all of the bazillions, never have to look at whatshiscock again and I never have to put on those silly shirts for as long as this warlock exists in the terrestrial dimension.

Les mises à jour continueront, tant qu’il y en aura.

Ouf.

Évidemment, si de nouvelles choses se passent avec Charlie, je vous tiendrai au courant. En attendant, vous savez à peu près tout ce qu’il y a à savoir sur la saga Charlie Sheen.

Ah. Et du Tiger Blood, ben, apparemment c’est juste pour sonner cool, mais au stade de baseball où Sheen va régulièrement, c’est le nom qu’ils donnent à la sauce Sritacha. Vous savez, la sauce forte, celle avec un coq dessus. Apparemment que c’est bon sur des hot dogs.

Bref, je viens de passer à peu près les 48 dernières heures à essayer de recoller les morceaux de toute cette folle histoire. Si j’en ai oublié des bouts, envoyez-moi un mail et je mettrai à jour.

Et n’oubliez pas: il faut #gagner.

Un autre billet de qualité signé Éric Samson.
Classé dans cinéma - Libellé Alcool, Arrestations, cabotinage, colère, décadence, dégénéré, foreign shit, fuck you, intelligence, lindsay lohan, manque de respect, médias, méta, potin, Twitter, violence, virilité

Vie et mort du Rock/Alternatif

fév23
2011
1 Commentaire Par Éric Samson

Les années ’90 ont marqué la naissance, l’explosion et l’implosion d’un genre musical qui n’existe plus aujourd’hui que sous la forme, de plus en plus désuète, de panneaux de plastique chez les disquaires: le Rock/Alternatif.

Rock/Alternative

N'est-ce pas? (Photo oerendhard1 sur Flickr)

Évidemment, il est facile de prédire un destin similaire à la nomenclature « indie-rock »: le terme est au moins aussi galvaudé que l’était « alternatif » dans les années ’90, et ne veut déjà plus dire grand chose. Il est aussi facile de tomber dans une nostalgie béate de l’ère où Bush avait un X et où Alanis Morissette n’avait pas encore joué Dieu dans un film de Kevin Smith.

Une telle nostalgie serait absurde, évidemment: dès qu’on frappe la trentaine, on est obligé, par la loi, de se rappeler les doux moments où on venait juste d’avoir seize ans, le monde s’ouvrait à nous comme une huître, et Champagne Supernova venait de sortir. (Ouais madame, le single de Champagne Supernova est sorti la journée même de mon seizième anniversaire.) Et de se dire que c’était l’bon temps, pareil. Hum. Newsflash: ce n’est pas parce que t’as fumé ton premier joint en écoutant Sublime et Blind Melon qu’ils sont aussi importants dans la grande histoire musicale de la civilisation occidentale.

Cela dit, la nostalgie de la trame sonore de notre adolescence et de notre entrée à l’âge adulte est tout à fait normale; on appelle ça l’effet CHOM. Mais elle est aussi absolument fausse.

Personnellement, mon groupe préféré des nineties est et restera toujours Oasis. Pourtant, j’ai été un late adopter de britpop, et de musique rock en général: mon éducation musicale a débuté pour vrai en 1994. Auparavant, mon environnement sonore était composé à 95% de musique classique (incluant toutes ses déclinaisons, genre « baroque » et tout le reste). J’ai évidemment eu quelques brefs moments où j’étais « de mon temps », comme quand j’ai reçu, pour ma fête, ma première cassette (Hysteria de Def Leppard), ou quand j’ai acheté Girl you know it’s true de Milli Vanilli, mais en gros, on peut dire que je n’écoutais rien qui datait d’après 1800-quelques.

Et c’est là que Pink Floyd sont venus en show à Montréal, et que je me suis ramassé, suite à une étrange insistance de ma part et à une non moins étrange inconscience de la part de Maman Samson, dans un troisième balcon au Stade Olympique, le 23 mai 1994.

Mind: blown, évidemment. Un kid de 14 ans (qui en paraît 12), qui n’a à peu près rien écouté de plus récent que Vivaldi, se ramasse devant Shine On You Crazy Diamond. Tsé.

On peut dire que c’est là que j’ai compris quelque chose.

J’ai alors commencé à me faire une genre de culture musicale, à retardement. Surtout par le biais de concerts, en fait. Les Stones en décembre de la même année, puis une pléthore d’autres. C’était la folie.

Mais je n’étais pas encore rendu au point où j’écoutais vraiment la musique « actuelle ». Je n’ai, encore à ce jour, jamais possédé Dookie, par exemple.

Arrivé au cégep, quelque part à l’automne 1996, une amie m’a prêté (What’s the Story) Morning Glory.

Illumination.

Oasis

Oasis, le 2e band le plus asshole au monde, après Limp Bizkit. (Photo Andrew Macpherson sur oasisinet.com)

J’ai couru au Sam the record man sur Ste-Catherine pour m’acheter Definitely Maybe, que j’ai usé à la corde, puis j’ai acheté tous les singles d’Oasis qu’ils avaient, et j’ai fait commander les autres. Je voulais tout avoir.

C’est via Oasis que j’ai découvert tout le reste. C’est versus Oasis que j’ai découvert Blur, c’est par une insulte de Noel que j’ai découvert (et détesté très rapidement) Radiohead, bref: c’est eux qui ont été le fil d’Ariane de mon late-blooming univers sonore.

C’est eux qui m’ont vraiment fait aimer la musique.

Pas étonnant, alors, que mon cerveau les place en trame sonore de mes meilleurs moments, dans mes souvenirs.

Pourquoi je vous raconte tout ça? Parce que vient tout juste de se conclure, sur l’essentiel A/V Club de The Onion, la passionnante série d’articles relatant la saga de la musique alternative, de 1990 à 1999: Whatever Happened to Alternative Nation? En dix billets (un par année) Steven Hyden raconte, d’un ton mémorable de justesse et d’observations subjectives et personnelles, l’histoire de l’alternatif, des débuts enthousiastes de Lollapalooza au monstrueux Woodstock ’99.

Et son anecdote d’Oasis à elle seule vaut le détour. C’est en 1997 que ça se passe, si vous y tenez.

Non seulement Hyden a écrit dix articles fascinants, mais il les a ponctués de vidéos qui vous replongeront dans vos souvenirs et qui vous rappelleront ce que vous écoutiez (ou pas) dans le temps, avant d’aller pawner vos vieux CD pour vous acheter un six-pack et d’oublier à tout jamais l’existence de Liz Phair.

Ou de Moist.

Allez lire ça. Vous m’en direz des nouvelles.

 

Un autre billet de qualité signé Éric Samson.
Classé dans La Swompe - Libellé culture, intelligence, internet, musique, musique que t'aime, souvenirs

C’est le début d’un temps (nouveau)

juil07
2010
Laisser un commentaire Par Éric Samson

Y’a déjà un mois que la so-called « Saison des festivals » bat son plein à Mourial.

Y’a eu les Francos (et le show de Malajube qui va rester dans ma tête pour ever), le Jazz (où je me suis rendu compte que Beast c’est pas mauvais en show du tout), et le Fringe (où on a tous vu qu’entre un show de Xavier Caféine et une pièce expérimentale jouée dans un décor maison, y’en a toujours un des deux qui gagne, et c’est pas mal tout le temps les Francofolies, paresse intellectuelle sois maudite).

Mon agenda ressemble à ça pour le prochain mois.

Et maintenant y’a Fantasia et Juste pour Rire.

Dans le coin droit: Une grosse machine. Juste pour Rire, avec Gilbert Rozon, domine le « marché » de l’humour au Québec. Avec des commandites de Videotron et ses propres salles de spectacle ainsi que son écurie d’artistes gérés par l’entreprise Rozon elle-même, autant le volet anglo que franco sont en mesure d’offrir des shows en salle de qualité, pour qui aime l’humour, et un volet extérieur, hum, ouin.

C’est pas mal ça le problème avec Juste pour Rire, versus les autres festivals d’été: le volet extérieur un peu, euh, déficient. Parce qu’à part une parade des jumeaux (c’est quoi le rapport avec l’humour?) et la grosse mascotte gonflée Victor qui nous fait vivre Un Grand Moment D’Émotion à chaque année… il se passe pas grand chose dehors, gratiss. Y’a tout le temps des affaires de grosses têtes et des événements assez cools (partys de bulle, etc etc) mais rien vraiment d’humoristique. Je vois que cette année, on a ajouté une section « L’humour en relève », alors qui sait, on peut espérer… mais comparativement aux grands événements sur les grosses scènes comme aux Francos et au Jazz… on se demande ce qu’il y a à voir tant que ça. (Évidemment, je sais pas trop comment JpR pourrait créer des événements à aussi grande échelle que les shows extérieurs des festivals Spectra.)

À noter: y’a des festivals qui n’offrent que peu ou pas de volet extérieur et c’est très bien ainsi. Mais dans la vie, faut comparer. Et si on est pour bloquer la Catherine, faut bien qu’on me dise pourquoi, hein.

Dans le coin gauche: Un festival de films de genre, quasiment une entreprise familiale, quand on compare à la Rozon Machine: FanTasia.

Y’a pas beaucoup de cinéma de genre dans les « grands festivals de cinéma » à Montréal (FFM, FNC et compagnie); la niche de FanTasia est donc vierge, à part eux; ça leur permet d’attirer des gros noms et des gros, gros films – on n’a qu’à penser à la première nord-américaine d’Inglorious Basterds l’an passé.

Un festival qui a pour but de satisfaire les fans de films de genre, mais aussi de les faire connaître: c’est pourquoi les prix sont modiques et les projections extérieures, toujours très intéressantes. Des primeurs, des visites de stars, des événements grandioses comme, cette année, la présentation à la Place des Arts du grand Metropolis en version restaurée, avec orchestre live et tout le bataclan. Y’a des films de partout dans le monde (Asie, Europe de l’Est, Bollywood, …) et une excellente sélection de courts-métrages, québécois or otherwise.

En gros, FanTasia y va pour l’épique.

(Et ne bloque pas de rue.)

Pourquoi je vous dis ça? Parce que cette année, je suis accrédité pour les deux. Je vais donc passer mon temps entre des shows de comiques et des films d’horreur serbes. Quasiment tous les soirs jusqu’au 28. Ça promet, hein.

J’vais donc vous en parler le plus possible, avec photos et tout.

Si vous voulez suivre ça en direct, z’avez qu’à me suivre sur Twitter. Sinon, restez à l’affût ici.

Ça va être un criss de party.

Un autre billet de qualité signé Éric Samson.
Classé dans La Swompe - Libellé cinéma, critique, culture, extérieur, foreign shit, funny shit, spectacle

Wikileaks: l’envers de la guerre

avr06
2010
2 Commentaires Par Éric Samson

Vous avez certainement vu ou entendu parler de la vidéo diffusée hier par le collectif Wikileaks montrant des images provenant d’un hélicoptère Apache américain au moment où ils abattent des civils au cours d’une intervention en Irak, en 2007.

Les images sont saisissantes et choquantes.

Voici, pour ceux qui ne l’ont pas encore vue, la version courte de la bande vidéo, des extraits totalisant 17 minutes, avec commentaires et sous-titres. La version intégrale de 38 minutes est ici.

Évidemment, comme tout civil normalement constitué, je vois ça et j’ai un recul d’horreur, suivi par un dégoût complet pour la race humaine. Comment peut-on abattre de sang froid tant de personnes et ensuite dire « Look at all those dead bastards! Haha! »?

Ça me paraît instantanément comme quelque chose d’absolument inhumain.

Sauf qu’un doute m’a saisi.

Peut-être que c’est comme ça que ça marche, dans l’armée… Peut-être que c’est juste parce qu’on n’est pas confrontés à la vie militaire pour vrai, que ça nous choque de même? Après tout, une opération à coeur ouvert, c’est super dégueulasse pour n’importe qui sauf les milllions d’infirmiers, infirmières et cardiologues qui en pratiquent tous les jours.

Alors j’ai décidé de mettre mon chapeau de journaliste.

J’ai trouvé un militaire qui accepterait de répondre à mes questions. Je ne peux pas dévoiler son identité. Il a accepté de me parler sous couvert de l’anonymat, mais avec une candeur totale. Il s’agit de quelqu’un connaissant intimement les pratiques militaires américaines.

(J’ai traduit et travaillé ses réponses pour éviter qu’on puisse le reconnaître avec son texte. Le sens n’a pas été changé.)

Premièrement, après avoir vu le vidéo, quelles sont les premières réactions, à chaud?

Pour moi, un vidéo comme ça, ça vaut même pas la peine d’en parler aux nouvelles. C’est vraiment facile de prendre les bonnes décisions quand t’as le temps de regarder le vidéo, d’identifier des kids dans le siège du passager de la van, de mettre des petits tags pour identifier le gars avec la caméra, et tout et tout. Honnêtement, je te gage ce que tu veux que la première fois que tu l’as regardé, t’as vu très peu de détail – et tu n’avais pas de décision rapide et difficile à prendre à ce moment. Imagine eux.

Le photographe avait sa caméra sur l’épaule – ça avait l’air d’une arme. Il était avec d’autres gens qui avaient des armes qui peuvent tuer plusieurs Américains vraiment facilement. Ce genre de scène se déroule probablement quotidiennement en Irak et en Afghanistan.

Les gars qui tirent et qui tuent on tout fait correctement. Ils ont identifié ce qu’ils pouvaient, ont pris une décision et ont demandé la permission. C’est exactement comme ça qu’on doit faire, selon les règles. No questions asked: bon move, selon les circonstances.

Si j’avais été à leur place, j’aurais fait la même chose, et je suis pas mal certain que 99% des soldats seraient d’accord.

Prendre des photos en zone de guerre et se tenir avec des « forces ennemies » qui trimballent des fusils, c’est risqué. Le photographe s’est fait tuer, mais c’est un des risques qu’il prenait en étant là.

Même chose pour avoir fait exploser la van: ces gars-là, dans l’Apache, ils ont vu ce scénario-là des centaines de fois. Ils pensaient que ce monde-là aidaient les méchants, et ramassaient des armes qui pouvaient servir encore. Le chauffeur de la van devait savoir, ou en tout cas il aurait dû savoir, que quasiment 100% du temps, après une attaque aérienne comme ça, les soldats américains viennent aussi tôt que possible; la raison pour ça, c’est qu’ils doivent rendre des comptes: prendre des photos, compter les corps, s’occuper des blessés, ramasser et détruire les armes et récupérer de l’information sur l’identité des gens (ou leur nationalité). Le chauffeur ne pouvait pas faire autrement que de savoir ça: c’est le genre de choses qu’on sait quand on vit en Irak – le pays est en guerre depuis tellement longtemps. C’est ce qui me fait croire qu’il n’était pas totalement innocent…

Est-ce que c’est normal de se féliciter et d’être fier de sa shot, entre soldats, après des trucs pareils?

Ça aussi c’est parfaitement normal. Ils sont contents: ils ont tué des méchants qui essayaient de tuer leurs amis. Faut voir ça de même. Tous les soldats parlent comme ça, surtout quand ils considèrent qu’ils ont zappé des méchants.

T’entends le gunner de l’hélico Apache parler et dire des niaiseries, après avoir tiré sur la van. J’ai l’impression qu’ils essaient de se justifier à eux-mêmes. C’est des êtres humains et c’est clair que c’est pas évident pour eux de voir qu’ils ont blessé des enfants. C’est pour ça qu’ils disent « le chauffeur aurait pas dû amener des enfants dans une bataille ». J’te garantis qu’ils sont pas contents de ça, mais il faut qu’ils se justifient à eux-mêmes pour éviter d’être complètement perturbés mentalement.

Justement, ces enfants-là, pourquoi avoir décidé de ne pas les envoyer à l’hôpital américain, finalement?

Ils ont eu, je pense, le meilleur traitement possible. Tu vois un des soldats courir avec l’un d’eux, c’est évident qu’il y a le sentiment d’urgence et tout. Tu ne peux pas toujours faire ce qu’il y a de mieux… S’ils ne les ont pas amenés à l’hosto américain, il y a sûrement une raison; soit qu’ils ne pouvaient pas faire atterrir un hélico sur place à temps, soit les soldats en question avaient une autre mission qui les attendait et ils n’avaient pas le temps de faire un détour, ou soit c’était juste plus rapide de les donner aux Irakiens… qui sait. Mais en tous cas, y’a une raison. C’est juste plate que personne la dise.

Justement: silence radio complet sur ça. Le Pentagone a dit qu’en rendant ce genre de vidéo public, on compromettait les « Tactiques, techniques et procédures » sur le terrain et que ça mettait en danger la vie des soldats là-bas en donnant aux insurgés des infos privilégiées sur les tactiques américaines. Qu’est-ce que tu en penses?

Je ne pense pas que le grand public devrait avoir accès à ce genre de vidéos. Je pense sincèrement que le public ne devrait pas avoir le droit de savoir exactement ce qui se passe là-bas, justement parce qu’ils ne comprendraient pas. N’importe quel vidéo qui montre des gens qui explosent et des corps dans une cour ou une ruelle va être choquante pour le public – et ça, ça donne lieu à des discussions défavorables au sujet de la guerre. Le Pentagone s’est fait donner le mandat de poursuivre cette guerre et de la gagner. Pour augmenter leurs chances, ils doivent poursuivre cette guerre avec le moins d’obstacles possibles – ce qui inclue garder des vidéos de ce genre hors d’atteinte du public. Je comprends ce qu’ils essaient de faire, et je comprends pourquoi ils essaient de faire un cover-up: tsé, des enfants blessés, ça paraît toujours mal à la télé, spécialement avec la popularité d’Obama en chute libre.

L’armée va toujours utiliser l’excuse de « ne pas exposer nos tactiques », mais c’est de la bullshit. En tous cas, je trouve pas ça légitime. L’ennemi comprend très bien nos capacités et notre mode de fonctionnement – des vidéos comme ça, ce n’est pas particulièrement rare.

Cela dit, sortir des vidéos comme ça, ça affaiblit l’effort de guerre ici, à la maison; ça donne aux gens qui haïssent les soldats encore plus de munitions et ça leur donne une opportunité de se justifier. Tout ça a pour effet de fâcher les soldats et de réduire leur motivation, là-bas. Ce sont des vidéos comme ça qui font en sorte que l’armée réduit l’attribution de ressources à l’effort de guerre, réduit le nombre de soldats sur le terrain, réduit l’achat d’équipement, etc… et tout ça, c’est mauvais pour les soldats là-bas, et ça rend leur job toujours un peu plus moche.

Mais je ne pense pas que ça mette leur vie en danger plus qu’elle l’est déjà.

Penses-tu que ce genre de choses pourrait arriver au Canada?

Le Canada est pas mal plus discret quand on regarde ce qui se passe en Afghanistan. Bonne chance, si tu veux trouver des vidéos d’opérations canadiennes qui n’ont pas été grandement éditées sinon censurées complètement. Le Canada n’a pas d’Apaches comme les États-Unis, mais je ne crois pas que la vidéo serait sortie, même si c’était le cas.

En conclusion, autre chose à dire?

Ben faudrait se questionner sur le titre: Collateral Murder, c’est vraiment pas très neutre. Il faudrait voir ce qui les a motivés à prendre un titre comme ça.

Et pour le reste, ben… Tsé, en Irak… C’est la guerre. Shit happens.

Je tiens à remercier profondément ma source, sans qui cet article n’aurait jamais été possible.

Un autre billet de qualité signé Éric Samson.
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