Le Marais, chronique parisienne : pourquoi quitter la Swompe tout l’été

23 05 2007

L’espace d’un crachat, oubliez le coassement glaireux des batraciens de notre marécage, l’éclatement frénétique des bulles de méthane, le slonpch slonpch de vos converses serties de vase. N’ayez qu’une question en tête : de quoi sera fait l’été dans le Marais ? Héraut d’étang moderne, je me saisis de mon flutiôt en roseau et je troubadoure. Suivez le guide, le cortège s’ébranle.

Le marathon commencera dès le 23 mai à Paris où vous vous immergerez jusqu’au 10 juin dans la 3e édition du festival Débits de Paroles. Il y sera question de phrasé, de rythme et d’imagination à travers des contes, des slams, des « apéros tchatche ». En bref toute expression célébrant la parole francophone. Apprenez que Bernard Grondin, spécialiste ès art du récit au Québec sera l’un des Môssieur de l’évènement : un regard sur les programmes suffit à constater son omniprésence, pour ne pas dire son omniscience. Swompeurs, vous restiez dans l’ignorance de l’existence même de Bernard Grondin ? Il faut à présent se prosterner devant l’évidence d’une telle réputation.

Entrés en transe par la magie du Verbe, vous m’accompagnerez toujours. Vous vous direz qu’il faut arrêter de fatiguer vos platines à écouter Arcade Fire en boucle. Et pi qu’Omnikron c’est pas pire mais que la banane ça donne envie de vomir. Alors vous entrerez dans la Quinzaine du Hip-Hop à partir du 22 juin pour bender les cheveux et les cils sur du bon beat, sur des projections vidéos, des performances de Djaying, de graffeurs, de break-danseurs, des expos photos, des battles débridés, etc…Après tout, y’a pas que le rock dans la vie. Et pi y’a pas que le Quartier Latin à Paname.

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Colleur en séri(graphies)

13 05 2007

Je ne sais pas si c’est l’air du temps, mais j’ai bien envie de parler d’engagement. Alors oui, vous me voyez venir, avec mes santiags pointues en ubuck, prêtes à écraser l’avènement de la France du nouveau Joe Dalton, « la France qui travaille ». Et qui ne peut donc avoir le temps de faire des billets d’humour, d’humeur ou d’humus. C’est vrai, je pourrais faire de l’anti-Sarko primaire. Car après tout, il le vaut bien, comme le clament les femmes qui ont déclaré la guerre aux cheveux cassants. Mais je ne le ferai pas. On a tout dit et on aura encore tant à dire.
Je ne sais pas si c’est parce que mes virées à Lyon et à Genève m’ont ouvert grand les paupières sur une culture urbaine plus visible, du moins différente, qu’à Paris, mais j’ai bien envie de parler d’art des rues.
Allons y donc gaiement, parlons d’engagement et d’art des rues. Parce qu’il y a des types qui jouent sur les deux tableaux depuis 30 ans, qui occupent l’espace et laissent des traces autres que de pneus. C’est le cas d’Ernest Pignon-Ernest.

Avec un nom qui pue l’anti-héros, ce Ernest là n’a pas l’air de payer de mine. Et pourtant c’est avec son crayon, un peu de fusain, de la colle et un sens de la rue aiguisé que le monsieur placarde en série ses sérigraphies sur les murs du monde. La démarche artistique n’est pas complexe, mais géniale. D’abord cela se passe dans un atelier où Ernest choisit de représenter avec sa patte militante des grandes figures de l’iconographie, des poètes ( maudits, les poètes, ça a meilleur goût) ou des victimes de l’Histoire. Des illuminés ou des damnés. Puis vient le moment où il faut coller l’affiche obtenue sur LE mur idéal : plastiquement pertinent et historiquement chargé (si en se penchant sur la brique, vous entendez encore des cris, vous êtes arrivé). Ernest n’est pas seul, même s’il colle la nuit, sans bruit : il est habité par Rimbaud, Pasolini, Nerval, Neruda, Artaud, Caravage, Boccace, les Communards, l’avortement, la cause des immigrés, le sida…Ernest ne va pas forcément droit dans le mur : des cabines téléphoniques ou des escaliers font aussi l’affaire. Après le collage, il reste un geste : photographier l’affiche sur son mur, la replacer dans son contexte pour la renforcer, la rehausser, la faire vivre.

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Le Marais - Chronique parisienne : des Québécois sur de la moquette ou le bonheur dans un monte-charge

14 04 2007

La FNAC St-Lazare ( énooorme boîte à culture française en tout genre, sorte de cousine d’Archambault) a entrepris depuis le 21 mars, en collaboration avec la Délégation Générale du Québec, de faire comprendre – enfin !– que la culture de chez vous ne se limite pas à Céline Dion, Garou, Linda Lemay et le pancake au sirop d’érable. Et que depuis la venue du général De Gaulle, l’eau a coulé sous les ponts, déversant un tantinet de limon sur les rives franco-québécoises.
S’il plaît aux Parisiens de divaguer dans les travées moquetées de la FNAC, ils y trouveront un Parcours Québec jalonné d’un spectre de livres, films et disques divers, allant des auteurs les plus classiques (Félix Leclerc, Gilles Vigneault, Claude Léveillée…) à des « artistes clefs comme Robert Charlebois, Diane Dufresne, Beau Dommage et bien d’autres encore » selon le magasin… Cheap me direz-vous ?

Mais l’évènement prend une toute autre ampleur quand on apprend qu’une poignée de mini-concerts va agrémenter le printemps jusqu’au début mai ! Si Chloé Sainte-Marie et Yann Perreau se sont déjà produits fin mars, la FNAC se fait des gorges chaudes d’accueillir le « dandy » Pierre Lapointe le 14 avril.
Mais foutre-Dieu, pourquoi ne fait-elle que si peu de remous pour le concert du 2 mai donné par Karkwa ?? Initié lors de mon passage estival à Montréal, j’avoue en avoir quelques vapeurs. Mercredi 2 mai, 17h30, on reparlera, car j’en serai.
Il m’étonnerait fort que mes tremblements s’immobilisent…

A noter également que les groupes québécois semblent presque revenir à la mode chez les disquaires parisiens par les temps qui galopent. Quoique : à la mode est une bien trop pompeuse formule. Il ne faudrait pas présumer du désir des Français d’accorder un tantinet d’intérêt à ce qui se fait, s’écoute et se produit au Québec, n’exagérons pas…Car, oui, les swompeurs que vous êtes apprécierons ce tic qui apparaît bien français de considérer la musique québécoise comme un sous-art folklorique. Si, avec un peu de chance, le groupe a eu la bonne idée d’éructer ses paroles dans la langue de Molière - entre nous, c’est également la langue de Loana - vous aurez peut-être l’insigne honneur de retrouver l’album dans le rayon « Humour » ou « Peuples du monde ». Trêve d’attitude anti-patriotique, il paraît qu’on nous surveille.

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Le Marais - Chronique parisienne : des coups d’épée dans l’eau ?

6 04 2007

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Parce que toute plume , même si elle se fait rature nerveuse au sein de la sphère ouatée de la bien-pensance, a le droit de s’inscrire entre les lignes, voilà ce que pense un écrivain francophone du dernier manifeste publié par le Monde des Livres et relayé par nos amis des Editions de Ta Mère.

C’est le même Monde des Livres qui a publié dans l’édition du vendredi 30 avril le droit de réponse d’Alexandre Najjar, auteur libanais prolifique et à ses heures perdues responsable de la revue L’Orient Littéraire. Pour lui, ce manifeste consensuel n’est qu’un moyen d’ Expliquer l’eau par l’eau . Sans être virulent ni méprisant, Najjar explique que la harangue des ces signataires illustres apparaît comme un serpent qui se mordille la queue, gentiment. C’est comme les cerfs-volants, ça fait joli dans le ciel, des pirouettes et des effets de couleurs, mais ça ne fait pas avancer le schmilblick.

A vrai dire, j’avoue ne pas avoir compris où tous voulaient en venir. Bien que tout cela soit foutrement bien écrit par ailleurs . Annoncer avec enthousiasme et force éloges l’avènement d’une nouvelle « littérature-monde parce qu’à l’évidence multiple », je ne trouve pas cela novateur et digne d’exaltation. Qu’est-ce que la francophonie sinon une dispersion des centres dans le monde, avec une même langue, donc un ensemble de signes comme fond commun mais des particularismes et des fictions qui s’expriment et éclatent à travers ces mêmes signes ? L’émergence de nouveaux talents ne remet pas en cause la francophonie, puisque ces auteurs n’en utilisent pas moins le français, tout simplement.

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Le Marais – Chronique parisienne : Groland, la vraie exception culturelle

3 04 2007

 Comment aurais-je pu faire autrement que d’inaugurer mon bain de boue swompesque par la terre spongieuse et paludique qu’incarne Groland ? Existe-t-il plus profonde allégorie éthylique et plus jouissif idéal ? Dans l’environnement extatique créé par les candidats aux présidentielles, où le thème de « l’identité nationale » est érigé en repère vital, une apologie du Groland s’impose. Par nécessité, par soif de vérité (par soif d’absinthe, ça marche aussi) et parce que manger de la boue, ça fait du bien au pancréas.

Pour les étrangers gardant la tête baissée dans une mono-identité intolérable, pour les transfuges d’outre-atlantique qui viennent de se décoller le scalp en voyant à quel point les adéquistes n’étaient pas adéquats et qui ne parviennent pas à lâcher le Charest, sachez que le refuge politique en territoire grolandais est possible.

M’enfin, quossé Groland ? Sachez que la présipauté de Groland, c’est une brillante patrie pas si fictionnelle que cela. Groland, c’est une joyeuse satire de la France d’aujourd’hui et de toutes les contre-vérités et doubles langages qui y sont associés dans la petite lucarne et les petits papiers, pour finalement nous mettre dans nos petits souliers.
La genèse grolandaise vaut son pesant de barriques de cervoise : existence attestée depuis le crétacé inférieur (des ossements de majorettes en sont une preuve irréfutable) ; nation qui connaît son heure de gloire fin XVIIe siècle autour de l’haleine avinée du Duc Platisphile Ier de Salengro s’exclamant un soir de biture collective Euj fais qu’est ce que je voul, car céans c’est Salengroland !; peuple soudé par le gouvernement musclé de Mami Quéquette juqu’en 1993 ; c’est le Président Salengro qui en incarne actuellement l’autorité suprême.

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