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Billets libellés on veut ton bien

Le livre comme tel

avr23
2011
Laisser un commentaire Par Éric Samson

Aujourd’hui, l’UNESCO nous invite à célébrer la « journée mondiale du livre et du droit d’auteur ». Le sombre idiot qui a eu l’idée de fêter en même temps un objet d’art et un concept économique désuet devrait être fusillé, sans attendre.

Le copyright est agonisant, et c’est une bonne chose. Je ne reprendrai pas ici le débat sur le piratage, je l’ai déjà fait ailleurs, de toute manière, et si quelqu’un me sort encore « comment les artistes vont faire pour vivre s’ils ne sont pas payés pour leur contenu » et « le piratage c’est du vol », je pense que je me défenestre. Allez lire ce qu’en dit Francis Ford Coppola, mais de grâce ne portez pas attention à l’analyse idiote de l’auteure de l’article, qui commet encore une fois les mêmes erreurs élémentaires de ne pas faire la différence entre « faire payer le consommateur » et « faire vivre les artistes ».

Excusez si je me choque, mais j’en ai marre.

Quand les studios de cinéma se sont rendus compte que les gens pouvaient de plus en plus facilement reproduire l’expérience « aller voir un film » chez eux, gratuitement, il y en a qui ont paniqué et qui se sont mis à poursuivre les gens qui téléchargeaient des films sur BitTorrent, et il y en a d’autres qui ont décidé de rendre l’expérience irreproductible. Ça nous a donné une trâllée de films en 3D, par exemple, dont quelques uns valaient la peine (et d’autres, non.) Pour voir un film en 3D, il fallait obligatoirement aller au cinéma: aucun moyen de faire ça à la maison. Au lieu de tordre le bras et de dire « méchant téléchargeur », on a trouvé un moyen d’ajouter de la valeur au cinéma, et les gens ont répondu en masse.

En musique, c’est à peu près la même chose; certains ont compris qu’il vallait mieux donner sa musique enregistrée, pour attirer des gens aux concerts (une expérience irreproductible, donc incopiable et impossible à pirater, à moins de falsifier des billets de show).

La littérature, malheureusement, peine à se trouver une déclinaison unique et distinctive; ce n’est pas un art performatif (sauf dans le cas des conteurs ou du théâtre, mais on sait déjà que les seuls gens qui achètent des textes de théâtre sont les étudiants et les dramaturges, à peu d’exceptions), il est donc difficile de justifier « donner le contenu » pour vendre autre chose.

L’arrivée des livres électroniques pose donc un nouveau problème; il est difficile de reproduire un livre « classique » au complet: numériser chacune des pages, bla bla, ça n’avance personne. Et photocopier un livre, ça va finir par coûter plus cher que l’acheter.

Mais un livre numérique, ça, c’est pas mal moins ardu.

Les grandes maisons d’édition ont compris ça tout de travers: par exemple, lorsque l’on tente « d’emprunter » un ebook à la BAnQ, il se peut que le PDF ait déjà été emprunté par quelqu’un, auquel cas on devra attendre qu’il ait fini de le lire. C’est évidemment d’un ridicule profond: alors que justement la numérisation des oeuvres permet d’en effectuer des copies infinies à un coût tellement minime qu’on peut le considérer comme inexistant, on simule la seule caractéristique désagréable d’un livre-papier (quand tu le prêtes, tu ne l’as plus à toi) en faisant semblant qu’on n’a qu’un seul PDF et qu’une fois qu’il est « emprunté », il n’est plus disponible. On crée artificiellement de la rareté, on cadenasse le contenu, on prive le lecteur potentiel, sans justification aucune. Fin de la parenthèse.

Quoi faire, donc, devant cette apparente brèche dans le système de l’industrie éditoriale? Admettre la défaite?

Non. Simplement, réaliser qu’il y a de la valeur dans l’objet-livre. Intrinsèquement.

C’est un peu ce que font les Éditions du Seuil, avec leur campagne pour promouvoir leurs nouveaux livres de poche.

Vous voyez comment, derrière une simple parodie des pubs de iPad, se cache une mise en valeur du livre en soi, du livre comme objet qui n’a pas besoin d’upgrade, qui remplit mieux sa mission qu’un quelconque autre bidule.

Le codex comme irremplaçable.

Et drêt là, quand les éditeurs croient avoir déjà trouvé une solution… c’est alors qu’interviennent les auteurs.

Parce que c’est bien beau, tout ça, cette belle idée éditoriale de mettre en vedette le livre imprimé et relié comme étant imperfectible et donc irremplaçable, mais il reste que le créateur va toujours chercher à jouer avec son shit pour rendre les choses un peu plus compliquées et donner de la job aux gens comme moi qui ont étudié spécifiquement pour être capables de les comprendre et de replacer leurs lubies créatrices dans un espèce de grand schéma fondateur de quelque chose.

Le premier véritable exemple que j’ai eu d’un livre qui se considérait lui-même comme livre et qui agissait en conséquence, c’est House of Leaves de Mark Z Danielewsky. Si vous vous ramassez dans une librairie anglophone quelconque, les chances sont bonnes que vous tombiez sur House. C’est un peu devenu un roman-culte.

Voilà un livre qui assume pleinement sa forme, qui crée par sa propre lecture une angoisse profonde chez le lecteur, le caractère ergodique faisant de la lecture elle-même une opération créatrice.

Je vous insère ici, gracieuseté de Greg Hickman sur Flickr, quelques images qui vous donneront une idée de l’expérience que peut être la lecture de House of Leaves.

Close-up of Detail of House of Leaveset

Pages 140-141 of House of Leaves
et
Pages 204-205 of House of Leaves
et
Pages 432-433 of House of Leaves
et encore
Pages 464-465 of House of Leaves

Un autre livre-roman qui m’a foutu la peur du saint feu de Dieu, c’est Tree of Codes de Jonathan Safran Foer. J’imagine que la proximité des titres entre Tree of Codes et House of Leaves n’est pas fortuite.

Foer a décidé de prendre son livre préféré, Crocodile Streets de Bruno Schulz, un recueil de nouvelles hongrois plutôt obscur, et a écrit son histoire à l’intérieur même de ce livre.

Comment on fait pour écrire une histoire dans un autre livre? C’est simple: on coupe les bouts qui ne nous intéressent pas.

Le résultat est saisissant.

La première vision qu'on a de Tree of Codes

La première vision qu'on a de Tree of Codes

Eh oui.

Il a découpé dans son livre favori, pour enlever tout ce qui ne faisait pas partie de son histoire.

Vue de près

Vue de près

Il a découpé. Chaque page. Pour ne garder que ce qui faisait, d’un recueil de plusieurs nouveles disparates, une histoire simple, concrète, directe: le récit de la dernière journée d’une vie.

Une vie pleine de trous, une vie comme toutes les nôtres: avec des longs pans où il ne se passe rien. Sauf que chez Foer, là, ben… on le voit. Le texte a plus que des blancs: il a des trous, littéralement.

Les trous

Les trous

Voici un livre qui n’est rien sans papier, qui n’est rien de plus qu’une nouvelle overpriced de moins de 50 pages, si on la transcrit sur iPad.

Voici quelque chose qui justifie l’imprimé.

Voici, peut-être, quelque chose comme un des avenirs du livre.

Et ça, y’a pas besoin de droit d’auteur pour le « protéger » .

 

Un autre billet de qualité signé Éric Samson.
Classé dans littérature - Libellé éditorial, choqué, culture, fuck you, gratis, internet, littérature, Livres, méta, Tragédie

N’écrivez pas de livres

mar21
2011
16 Commentaires Par Éric Samson

Je ne cacherai pas que c’est Patrick Dion qui m’a mis le feu au culturel, tantôt.

Sur BangBang, il y a deux semaines, il étalait ses « revenus d’auteur ». Aujourd’hui, il en rajoute sur son blogue personnel (donc, celui pour lequel il n’est pas payé) avec son billet « Foutu (sic) littérature » .

Il y a un mois, la blogueuse écolo Cécile Gladel, auteure d’un livre publié aux Intouchables, L’écolo écono, montrait « fièrement » une photo de son chèque de droits d’auteurs pour l’année 2009-2010.  Elle avait reçu $48 et quelques, pour un livre paru deux ans auparavant.

Dion, lui, a reçu mille-quatre-cent-quelques piastres, en un an.

Les deux prennent ostensiblement, pour leur billet, la posture de vouloir « éduquer le public ». Le titre du billet de Gladel était « Vous pensiez que les auteurs étaient riches? » et Dion va carrément dans le mépris du public en disant des choses comme « la vision du bon peuple est biaisée » (le bon peuple? vraiment?) et autres trucs du genre.

Bon.

On va arrêter de niaiser.

(Crédit photo: Stephan Geyer sur Flickr)

(Crédit photo: Stephan Geyer sur Flickr)

Tout le monde le sait, que faire de l’art, au Québec, c’est pas payant. La campagne anti-piratage de l’ADISQ de 2004, avec Stefie Shock, Dumas et les autres, commençait déjà à répandre la Bonne Nouvelle au Bon Peuple. Quand on a vu Gil Courtemanche faire un tollé pour un prix de $10 000, cet automne, et qu’on a déploré que « plusieurs des autres auteurs en lice ne pouvaient pas se permettre de laisser passer un tel montant », c’était déjà sous-entendu. Philippe Renault de Rue Frontenac a fait un super topo sur les side-lines des artistes d’ici et André Péloquin avait déjà parlé du phénomène en 2008.

Tout le monde le sait, que les artistes ne roulent pas sur l’or. L’état de la littérature au Québec est déjà bien connu, alors on m’excusera de ne pas considérer comme éducatif de montrer ses chèques de paye au grand jour, pour « dénoncer une situation » qui est connue de tous.

Surtout si, comme Dion, on s’en sert pour dénoncer le projet de loi C-32 qui prévoit une réforme des droits d’auteur. Personnellement, mon avis est que C-32 ne fait que créer mille problèmes en institutionnalisant des aberrations de l’ère pré-numérique et qu’on est mûrs pour repenser en profondeur le concept même de droit d’auteur.

Je suis bien d’accord avec Dion quand il déplore le peu de place qu’on laisse à la littérature dans la sphère médiatique québécoise. C’est un autre débat, que je me prévois bien entreprendre ici un jour.

Mais quand on nous sort des phrases comme

j’ai été rémunéré 2,44$ de l’heure pour écrire ce bouquin, soit quatre fois moins que le salaire minimum (pd:bb)

Mais tant d’efforts pour si peu de résultats? Est-ce que tout ça valait la peine? (pd.ca)

Quand on compte les heures de recherche, les heures pour écrire, les heures de promotion (on n’est pas payée quand on fait des entrevues lors de la sortie d’un livre), les heures dans les salon du livre ( pas payée non plus), il ne faut pas faire le calcul du taux horaire sinon on déprime. (cg)

c’est là que je décroche.

Vous savez combien ça nous paye, par année, animer à CISM? 0$. Oui, bon peuple, tout ce travail, tout cet effort, pour rien. Attendez, je formule différemment. On n’est pas payés quand on fait de la lecture pour critiquer des livres qu’on achète souvent nous-mêmes, on n’est pas payés quand on fait de la promo pour l’émission, on n’est pas payés quand on va voir des films, des pièces de théâtre ou des shows, on n’est pas payés pour écrire nos topos, on n’est pas payés pour faire la recherche musicale de l’émission, on n’est pas payés pour animer, on n’est pas payés pour faire la mise en ondes. Il ne faut pas faire le calcul du nombre d’heures qu’on passe annuellement sur un show comme La Swompe, sinon on se trouve vraiment cons. Surtout si on regarde son compte en banque après.

Vous me répondrez que je le savais, en arrivant à CISM, que je ferais pas une cenne. Ben, exactement. Et toi, Patrick, et toi, Cécile, et toi aussi, auteur X, viens pas me dire que tu pensais payer ton hypothèque avec ton livre?

À part quelques chanceux, les auteurs n’ont jamais vécu de leur plume. Baudelaire ne vivait pas de sa poésie, Rimbaud est devenu marchand d’armes, Balzac est mort pauvre comme Job, James Joyce avait un couple de mécènes qui l’hébergeaient et le nourrisaient pendant qu’il écrivait Finnegan’s Wake à Paris. Tout ceci n’est pas nouveau.

J’ai parlé un peu de la situation d’auteur avec mon ami Gautier Langevin, président de Promo 9e Art, un OSBL qui fait la promotion de la bande dessinée au Québec.

On parle toujours de chiffre de ventes, mais on oublie tous les à-côté qui viennent avec: per diem, crédits d’impôts, subventions, ventes de droits, prêts publics, conférence, entrevues etc. Y’a moyen de bien vivre, mais il faut que tu sois à tes affaires. Comme n’importe quel travailleur autonome.  Évidemment, plus d’aide du gouvernement ne pourrait pas faire de mal, mais de là à dire qu’on crève de faim en tant qu’auteur, il y a tout un fossé.

Ne croyez pas que le roman graphique est un genre plus commercial que le roman tout-court, au Québec. Pourtant, plusieurs bédéistes vivent de leur art. Comment? Ils font de l’illustration freelance, ils s’arrangent. Ils travaillent dur, mais ils y arrivent.

Tout comme Patrick Dion qui travaille aussi à Vlog et un peu partout, tout comme Cécile Gladel qui travaille à RueMasson.com et fait du freelance.

Et pareil pour des gens comme Mathieu Beauséjour, qui a transformé son émission à CISM en contrats de DJ à la Rockette, à l’Esco et ailleurs. Et là je ne parle même pas d’MC Gilles, qui est quasiment partout.

Je m’en veux un peu de revenir sur ça, encore, parce que c’est un exemple tellement souvent utilisé qu’on en vient à ne même plus y penser, mais Misteur Valaire font $2,61 par album (et même moins; ce chiffre est le montant payé par le consommateur, avant d’avoir payé le gérant etc) et réussissent quand même à plutôt bien gagner leur vie. Comment? Comme le disait Pierre B Gourde à Péloquin l’été passé, « Il suffit d’utiliser une stratégie efficace » . Évidemment, si MV sortait son album et attendait le chèque, on verrait probablement Luis au Couche-Tard assez vite.

C’est pareil pour les auteurs. Pourquoi pensez-vous que les auteurs font des conférences, des tables rondes, des colloques? Quand on entend Stanley Péan (qui a été président de l’UNEQ, l’Union des écrivaines et écrivains québécois de 2004 à 2010) à son émisison radio d’Espace Musique, est-ce qu’on doit penser qu’il ne serait pas là si ses livres se vendaient davantage? Peut-être est-ce le cas, peut-être pas. Je n’en sais rien. Mais je me doute bien qu’il ne serait probablement pas là s’il n’était pas un auteur avec un nom au moins un peu connu. (Si je me fie aux autres animateurs d’Espace Musique, on va souvent chercher des « personnalités »; cela dit, je ne doute pas qu’ils soient tout de même compétents dans leur créneau.)

Finalement, est-ce qu’écrire un roman, au Québec, c’est payant?

La réponse, c’est « ça dépend ce que tu fais avec, après ».

Un autre billet de qualité signé Éric Samson.
Classé dans littérature - Libellé choqué, cism, colère, crise économique, culture, financement, littérature, Livres

« Homicide justifié »

fév21
2011
Laisser un commentaire Par Éric Samson

J’ai vu passer sur Facebook récemment une liste des récentes  « attaques des Républicains sur les femmes américaines ».

Ça incluait un projet de loi déposé au Dakota du Sud pour permettre le meurtre de médecins qui pratiquent l’avortement, sous une doctrine nommée justifiable homicide. (La logique étant que si on peut tuer, avec justification, quelqu’un qui s’apprête à lui-même tuer quelqu’un, pour protéger la victime, on devrait aussi pouvoir tuer quelqu’un qui s’apprête à tuer un foetus. Passons sur cette profonde idiotie, qui d’ailleurs a été rejetée en Chambre par une écrasante majorité. Au moins.)

Mais la notion d’homicide justifié m’est revenue en tête en lisant ce billet de Josef Siroka.

Black Shhhhh

Un homme de Riga, en Lettonie, a été tué par balles, parce que son voisin de siège au cinéma trouvait qu’il mangeait son popcorn trop bruyamment, pendant une présentation de Black Swan.

Bien que la Swompe condamne par principe tout acte de violence (même ceux qui nous permettent de faire des photoshops bien lols comme celui-ci), je ne peux m’empêcher de penser que ça va peut-être envoyer un message à tous ces idiots qui parlent au cellulaire, donnent des coups de pieds dans les bancs et généralement se croient dans leur putain de salon, pendant qu’ils écoutent un film dans un cinéma bondé.

Faites attention. Le manque de savoir-vivre pourrait prendre un sens beaucoup plus littéral que ce à quoi on est habitué.

Et ce qui arrive en Lettonie pourrait tout aussi bien arriver au Colossus à Laval. On sait jamais.

Je m’en voudrais aussi de ne pas vous inviter à prendre trois minutes pour regarder le fabuleux court de Lars Von Trier que Siroka propose pour illustrer son propos. Je vous le mets ici, parce que je vous aime bien.


Occupations – short film by Lars von Trier
envoyé par vahea. – Regardez plus de films, séries et bandes annonces.

Un autre billet de qualité signé Éric Samson.
Classé dans cinéma - Libellé cabotinage, cinéma, décadence, foreign shit, manque de respect, troublant, vidéo, violence

Les 5 snobismes de la critique musicale montréalaise

fév14
2011
1 Commentaire Par Éric Samson

Les Inrocks ont publié hier une liste des cinq snobismes de la critique littéraire en France.

C’est très, très bien.

Et ça m’a donné l’idée de transporter ça à la scène musicale montréalaise. Pas que la critique soit mal en point, là… mais on ne peut pas lire le Voir, les blogues du Bang Bang et tout le reste sans remarquer certaines constantes, certains clichés dont on ne se sort pas. C’est comme ça.

Voici donc les 5 snobismes capitaux de la critique musicale montréalaise.

http://www.flickr.com/photos/timlawrenz/2373954264/

1. Montrer un flair incomparable pour dénicher les concerts de groupes qui vont exploser d’ici quelques années.

Il faut toujours avoir toujours vu le premier show hors-garage du band qui gagne aux Francouvertes, quand ils se sont produits au Il Motore en première partie d’un band post-folk de l’Oregon pendant Pop Montréal il y a cinq ans.

Il faut aussi impérativement avoir été là quand Nirvana a fait un show au Foufs. Tous les critiques musicaux qui se respectent à Montréal étaient là, si bien qu’une grenade bien placée en 1991 aurait empêché la fondation même du journal Voir, garanti*.

2. Avoir une opinion contrariante mais ne pas s’en formaliser.

« Kanye West, baillement. » est une critique acceptable pour un album qui a été encensé par la majorité de la presse musicale internationale. Bien qu’il faille nécessairement se fier à Pitchfork pour savoir si on aime ou pas un artiste, on doit, une fois par deux ou trois mois, choisir un album qui a reçu plus de 6,8 sur PF et le descendre en flammes. C’est comme ça qu’on montre qu’on a une opinion personnelle.

3. Ne pas mentionner connaître un artiste personnellement. Jamais.

Bien que la scène locale à Montréal soit composée de moins de gens que la ligue de hockey-bottine de Lachine-Ouest, que tout le monde se tienne dans les mêmes 3 bars et que ce soit toujours les mêmes 75 personnes qui achètent les albums des autres et s’auto-subventionnent, il ne faut jamais dire quelque chose comme « l’autre fois quand j’ai croisé Adamus au Quai des Brumes ». L’illusion de la distance critique est primordiale, sinon les 75 lecteurs vont penser que le prochain article sur Canailles aux Francouvertes va être OMG COPINAGE.

4. N’être que minimalement enthousiasmé par un artiste qui a plus de 140 fans facebook.

C’est très important. Le rôle du critique musical n’est pas de parler de ce que les gens veulent entendre: laissons Arcade Fire (Grammy ou pas), Malajube et Misteur Valaire à La Presse. Ce qui est important, c’est un band qui peine à attirer plus de fans qu’il a de cousins à la Sala Rossa. Ceci dit, il est aussi important d’avoir ses chouchous, un groupe qui est devenu quasiment mainstream mais qu’on s’accorde quand même le droit d’apprécier. En ce cas, il faut mentionner qu’ils sont « toujours aussi bons » (et/ou « pertinents ») ou que ça nous « rappelle leurs débuts ». (Exemple safe: les Breastfeeders. Exemple non-safe: les Cowboys Fringants.)

5. Ne jamais, jamais parler de Malajube.

Même si on attend le nouvel album plus excité qu’une bande de fillettes qui attendent Justin Bieber devant MuchMusic. Au pire, on peut s’en servir comme headline pour attirer les lecteurs, mais « La nouvelle galette du groupe de Sorel est débarquée dans les bacs la semaine passée, mais parlons plutôt du 7 » du nouveau projet post-ambient du bassiste de Mumford And Sons » est le genre de phrase qu’on vise, ici.

-

Avant de recevoir des emails de bêtises: je ne cible personne. Ce sont des constats généraux; je suis moi-même coupable de la majorité de ceux-ci, et je suis probablement juste jaloux de pas avoir été aux Foufs pour voir Nirvana.

-

* Je sais bien que Voir a été fondé en 1986. C’est une figure de style.

Un autre billet de qualité signé Éric Samson.
Classé dans La Swompe - Libellé cabotinage, intelligence, manque de respect, médias, méta

Bonnes choses de Noël: La farce!

déc29
2010
Laisser un commentaire Par Éric Samson

Vous savez peut-être que, moi personnellement, la partie que j’aime le plus de la dinde, c’est la farce. On a d’ailleurs déjà donné la recette de la fameuse farce de Maman Samson en ondes, à Noël 2009. Et les lignes n’avaient pas dérougi pendant des heures pour qu’on redise la recette.

Cette fois-ci, on va vous la faire pour vrai, avec photos et tout. Vous allez vous régaler.

Voici donc, pour votre dinde des fêtes:

La farce de Maman Samson

La farce: résultat final

La farce: résultat final

Ingrédients

  • 1/2 tasse de beurre
  • 1 gros oignon, haché
  • 2 tasses de céleri, haché, avec feuilles
  • 10 tasses de dés de pain frais (Pour du pain tranché « normal », 1 tranche = à peu près 1 tasse)
  • 1 c. à soupe de sauce Worcestershire
  • 1 c à soupe de sarriette déshydratée (si votre sarriette est fraîche, multipliez par 3)
  • 1/2 c à thé de sel
  • 1/2 c à thé de poivre noir fraîchement moulu
Maman Samson qui coupe le pain

Maman Samson qui coupe le pain

Préparation

Préliminaires: n’oubliez pas de retirer les abattis de la dinde et d’en rincer la cavité, puis de l’éponger

  1. Dans une casserole, combiner le beurre, l’oignon et le céleri. Faire sauter à feu moyen jusqu’à ce que les légumes soient tendres.
  2. Les retirer du feu et les combiner avec la sauce Worcestershire, la sarriette, le sel et le poivre.
  3. Mettre les dés de pain dans un grand bol.
  4. Ajouter le mélange de légumes et d’épices et bien mélanger le tout.
  5. Farcir le corps et le gosier de votre dinde avec le mélange.
On fourre

Sans commentaire

Assurez-vous de bien trousser votre dinde: plus elle est compacte, plus sa cuisson sera uniforme. (Ramenez les cuisses et les ailes le plus près possible du corps, par exemple.)

Pour ce qui est de la dinde comme telle, il suffit de la faire cuire à 375° pendant 45 minutes, puis à 325° jusqu’à ce qu’elle soit cuite, en arrosant fréquemment. Si vous avez un thermomètre à viande, la température devrait atteindre 190°; si vous êtes plus rustiques, la dinde est prête quand on peut saisir le pilon et détacher facilement la cuisse.

Pour une dinde de 6 à 8 livres (2.75 à 3.50 kg), 3 à 4 heures; de 8 à 12 livres (3.50 à 5.50 kg), 4 à 5 heures; de 12 à 16 livres (5.50 à 7.25 kg), 5 à 6 heures; de 16 à 20 livres (7.25 à 9 kg), 6 à 7h30; de 20 à 24 livres (9 à 11 kg), 7h30 à 9 heures.  (via recettes.qc.ca)

Laisser reposer votre dinde 15 minutes environ après la cuisson, recouverte d’une feuille d’aluminium.

La dinde, farcie

Quand c'est fini, ça a l'air à peu près de ça

Voilà! C’est comme ça que Maman Samson fabrique la meilleure farce ever.

Et c’est ce qui fait que j’ai mangé 3 assiettes de plus que prévu le soir du 25.

Et que vous pourrez en faire autant pour le réveillon du jour de l’an si vous voulez.

Vous pourrez pas dire qu’on est pas gentils avec vous.

Un autre billet de qualité signé Éric Samson.
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Jazz mon bus (Le transport en commun c’est mieux pour l’environnement)

déc21
2010
Laisser un commentaire Par Éric Samson

On n’est pas des grands fans de jazz à La Swompe (on laisse ça à l’émission juste avant nous). Par contre, on a un faible pour Lunice, qui est clairement le DJ de crunk officiel de ma vie.

Lunice

On l'aime tant.

Alors je suis resté bête un peu quand j’ai vu que sa dernière collaboration avec les rappers The Jealous Guys s’appelait Bus Stop Jazz.

Je l’ai quand même downloadée, parce qu’un mp3 gratis écrit Lunice dessus, on passe pas à côté de ça.

Turns out que la toune est FOLLE. Jazzy et folle. Si vous cherchiez un moyen d’intégrer du Lunice dans votre playlist de souper de Noël en famille, voilà une chose de réglée.

Et vu que la fin décembre c’est la saison du partage, mes jolies, je vous gâte.

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Lunice & The Jealous Guys – Bus Stop Jazz

Un autre billet de qualité signé Éric Samson.
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Sweetness country

juil13
2010
1 Commentaire Par Éric Samson

Si je pouvais avoir youtube comme réveille-matin, cette toune serait celle qui me réveillerait tous les jours.

Après avoir ouvert les yeux doucement, j’irais me verser un petit verre de jus d’orange, et je sauterais dans la douche en chantonnant.

Tous les jours fileraient comme un petit samedi matin tranquille quand on a été sage la veille. Quand la journée commence et qu’on sait qu’on a plein de temps pour faire tout ce qu’on veut, et que nos petits yeux pas encore réveillés font que la vie a l’air désaturée et un peu en super-8, avec des effets de bokeh.

Pendant 3 petites minutes, je ferais des plans de brunch et je me dirais qu’il n’y a pas de Kiwis à la télé aujourd’hui.

Et après j’irais travailler, un peu triste de devoir arrêter de rêver à un petit monde où les filles sont sweet et country, mais avec quand même, quelque part dans la démarche, un petit quelque chose du cowboy qui s’en va voir sa bien-aimée.

Jolie Jumper, en show le 25 juillet au Quai des Brumes, pour le 5 à 7.

UPDATE: C’est possible! Merci, Alarmtube.

Un autre billet de qualité signé Éric Samson.
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La fois où mon coeur s’est ouvert à Jésus

juil13
2010
3 Commentaires Par Éric Samson

Ça commence par ce tweet de Normand L’amour.

Normand L'amour sur Twitter

Le vrai de vrai Normand L'amour, là, no joke.

C’est gratuit veux-tu L’ouverture du coeur divin. Demandes-le moi par message prive, je peut te l’ouvrir a distance par l’esprit saint ect.

Je suis intrigué. Le coeur divin, moi, j’aimerais ça que ce soit ouvert. Un peu comme tout le monde, non?

Je lui réponds, en message privé (comme toute la conversation qui suit, d’ailleurs).

É: Tu peux faire ça? Ouvrir le coeur divin?

N: Je peux le faire en le demandant par le pere et Jesus son fils et l’esprit Saint mais la personne doit etre consentante de le vouloir

Je ne comprends pas trop ce qui se passe, par contre.

É: Est-ce que c’est comme une bénédiction? Ou c’est plus que ça?

… et Normand est (légèrement) pas tout à fait clair.

N: Le monde nouveau s’en vient le monde nouveau sans l’ouverture de l’ame ce n’est pas le monde Nouveau Je suis un instrument du Seigneur

Je pèse mes options.

D’un côté, moi, l’église… mais d’un autre côté moi j’aime ben Feeling Nouveau pis je me dis qu’un Monde Nouveau au complet ça doit être pas mal awesome.

É: C’est mieux de pas prendre de chance et d’être prêt pour le monde nouveau, je pense. Ça a du bon sens?

Une chose est claire, y’a pas de pression, en tous cas.

N: En tout ca tu es libre de toi si tu veux te le faire ouvrir tu n’as qu’a me le demander Normand L’Amour

Je plonge, mais je me questionne sur la mécanique de la chose. Après tout, tsé, j’ai été baptisé et confirmé, j’ai fait ma communion, je comprends ces choses-là… mais me faire ouvrir le coeur divin, ça m’est jamais arrivé, à ce que je sache.

É: Oui Normand vas-y. Est-ce qu’il faut que je fasse quelque chose en attendant? Faut-tu que tu m’appelles?

Turns out que c’est pas mal clé-en-main comme truc. Après même pas 2 minutes, je reçois:

N: Ton coeur est ouvert a ton divin je demande a Jesus de Nazareth de t’envoyer de l’amour de coeur a coeur maintenant tu peux aimer l’univers

É: Merci Normand. Je te tiendrai au courant des développements. C’est un grand service que tu rends.

Et c’est comme ça que je peux maintenant aimer l’univers.

Je me sens déjà plus léger, ce matin.

Watch out.

Un autre billet de qualité signé Éric Samson.
Classé dans La Swompe - Libellé funny shit, génial, intelligence, Jésus, optimisme démesuré, primeur, Samson, Twitter

Swompe = santé

mai15
2010
1 Commentaire Par Éric Samson

La Swompe vous encourage à garder un mode de vie sain et équilibré. C’est bien connu.

C’est pourquoi on a été assez surpris de voir apparaître dans notre Google Reader deux articles qui disent à peu près le contraire.

Barack Obama: un modèle à suivre

Barack Obama: un modèle à suivre

Premièrement, Joel Stein du Businessweek déclare allègrement que fumer, c’est la clé de la réussite professionnelle.

Smokers are precisely the type of people who thrive on being ostracized and banished. These aren’t the ex-football players and class presidents who fought for your approval. These are the brooding loners, the ones who—according to the teen smoking analysis found in Malcolm Gladwell’s The Tipping Point—start smoking not because they want to look cool but because it goes along with all their other self-destructive, class-cutting, early-sex, authority-flouting coolness. These are people who willingly put fire in their mouths.

Si le BusinessWeek le dit, c’est vrai, même si le topos est recyclé d’un vieil épisode de Friends*. Et les commentaires chez Gawker sont aussi éloquents. Passons.

MISE À JOUR: Complément d’info. Discovery rapporte que des chercheurs ont trouvé que la nicotine aide la mémoire à court terme (ce qui n’explique pas comment je peux perdre 3 lighters par semaine), la motricité fine (le child-guard sur les lighters en question, présumément) et la vigilance (« hey pars pas avec mon lighter, toi », I guess).

On ne vous mentira pas: il arrive à vos swompeux préférés, dans de rares moments d’abandon, de s’adonner aux libations alcooliques. On ne peut pas être parfaits.

Sauf qu’on dirait que oui: un mec du magazine Discover a joué un peu avec les données d’un sondage sociologique américain et le résultat est clair: plus t’es intelligent, plus tu bois.

En fait, la consommation d’alcool est directement proportionnelle au résultat obtenu dans un test de vocabulaire.  Aussi: plus t’es à gauche, plus t’es éduqué, moins t’es religieux, plus tu bois.

En résumé: si tu bois pas d’alcool à tous les jours, dès que t’es sorti du lit, t’es un cave avec un secondaire 4. Et si tu veux une promotion t’es mieux d’apprendre à dire « as-tu du feu?« .

* Oui, il existe une Wikipédia entièrement dévouée à Friends. Je sais. C’est fou de même, Internet.

Un autre billet de qualité signé Éric Samson.
Classé dans La Swompe - Libellé Alcool, éditorial, Barack Obama, décadence, plaisir

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